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Présentation

Séminaire sur les réalisations en matière de documentation, d’information et de communication au sein de l’ALECSO : Etat des lieux et perspectives d’avenir Avec le Dr. Ahmed al-Cheikh al-Amîn, expert au sein de l’organisation Samedi 13 février 2010
 


L’occasion m’a été offerte de faire la connaissance de certains experts actifs au sein de l’Organisation arabe pour l’éducation, la culture et les sciences (ALECSO), notamment dans le secteur de la documentation, de l’information et de la communication. Je pense notamment au Dr. Ahmed al-Cheikh al-Amîn qui a rejoint la direction de la documentation et de l’information en tant que Chef de département des statistiques en 1983, puis comme directeur de cette même direction en 1992 jusqu’à la fin décembre 2009.
* * *
Les experts arabes connaissent bien le Dr. Ahmed al-Cheikh qui a supervisé de nombreux projets et activités importants aux niveaux arabe et international. Nous pensons notamment à l’introduction des nouvelles technologies au sein de l’organisation, l’enrichissement de la bibliothèque afin qu’elle contienne les meilleures références en matière de documentation, d’information et de statistique ainsi que l’organisation de stages de formation pour les futurs documentalistes arabes. Il a ainsi réussi à inclure dans son réseau la majorité des spécialistes arabes et internationaux notamment en intégrant l’organisation dans les différentes activités de l’UNESCO, de la Ligue Arabe, dans les activités des SMSI, tenus en Suisse en 2003 et à Tunis en 2005. Ces activités diverses expliquent notamment la qualité scientifique des études et recherches menées. Le Dr. al-Cheikh a également supervisé la modernisation du site web de l’organisation et l’enrichissement de son contenu en arabe, français et anglais, y incluant les ouvrages, périodiques et encyclopédies les plus importants. L’organisation a également participé aux foires arabes et internationales du livre, notamment la seizième foire de Francfort, où le monde arabe était l’invité d’honneur. Sans doute la qualité des relations scientifiques entre l’organisation et de l’Arab Federation for Libraries and Information (AFLI), créée en janvier 1986, doit-elle beaucoup au Dr. al-Cheikh qui a cosigné des accords de coopération et qui a constamment soutenu l’AFLI en apportant son soutien à ses différentes activités académiques, réussissant ainsi à renforcer la coopération arabe dans le domaine de l’information, de la documentation et de la communication. Il s’agit là du véritable défi auquel les pays arabes devraient accorder la priorité s’ils veulent communiquer avec le reste du monde.

Au vu de toutes ces réalisations qui ornent le parcours du Dr. al-Cheikh au sein de l’ALECSO durant 26 années, sans qu’il ne lui soit rendu hommage pour tous les services accomplis, la Fondation Temimi prend aujourd’hui l’initiative de lui consacrer ce séminaire. Nous annonçons également la préparation prochaine des Mélanges au Dr. Ahmed Al-Cheikh en signe de reconnaissance pour ses accomplissements, comme notre Fondation l’a déjà fait avec le Prof. Chaabane Khalifa d’Egypte et 12 autres savants d’Europe, d’Amérique et de Turquie.
Le Dr. al-Cheikh a occupé les fonctions de vice-président du bureau de planification et de recherches au sein du Conseil national de l’Enseignement Supérieur à Khartoum, puis celles de directeur du bureau exécutif du cabinet du ministre de l’Enseignement Supérieur soudanais puis il a été nommé directeur du département des statistiques à l’ ALECSO en 1989.
Le Dr. al-Cheikh est diplômé de l’université de Westminster, département des mathématiques. Il a ensuite obtenu un magistère et un doctorat en sciences de l’éducation de l’université de Californie à Los Angeles. Sa thèse, soutenue en 1981 portait sur le sujet suivant : L’utilisation des ressources humaines et le niveau de compétences pour le développement économique. Il possédait donc l’expérience de terrain nécessaire dans le domaine de la statistique, de l’information et de la documentation. Il a été représentant du Soudan au congrès de l’Unesco à Beyrouth puis à Genève, avant de rejoindre l’Alecso en tant que membre et représentant lors des sessions organisées à Tunis, Damas, Riadh et Bahreïn. Il a été consultant en développement des ressources humaines puis participant à un atelier de recherche autour de l’analyse des questions statistiques dans le dossier de l’alphabétisation et de l’éducation des adultes ainsi que dans celui des changements démographiques dans la planification de l’éducation et dans la stratégie arabe de documentation et d’information. Il a également représenté l’Alecso lors des réunions annuelles de l’équipe consultative de l’Unesco. Enfin, il a de nombreuses recherches à son actif.
L’invitation est ouverte à tous, à partir de 09h15, au siège de la Fondation, ci-après mentionné.

Adresse : Immeuble Al-Imtiaz-Centre Urbain Nord-1003 Tunis
Tél. (00216) 71231444 / (00216) 71 751 164 fax : (00216) 71 236 677
E. Mail : fondationtemimi@yahoo.fr/fondationtemimi@gnet.tn



 
Vient de paraître aux publications de la Fondation :
 


Mélanges de  reconnaissance à l’historien Abdurrahim A. Abdurrahim

Tome III (Série 9 : Mélanges N° 14 )



Etudes réunies et préfacées par
Prof. Emérite Abdeljelil TEMIMI
Publications de la Fondation Temimi pour la Recherche
Scientifique et l'Information
Tunis, Décembre 2009

***
UN NOUVEL HOMMAGE RENDU  A L’HISTORIEN OTTOMANISTE FEU  ABDURRAHIM ABDURRAHMAN ABDURRAHIM


Prof. Abdeljelil TEMIMI


Nous avons fait paraître, il y a deux ans, deux tomes des Mélanges Abdurrahim Abdurrahman Abdurrahim, consacrés à cet historien égyptien, et ce en reconnaissance de l’amitié qui nous a liés depuis plus de trois décennies et de sa rigueur et son apport scientifique à l’histoire arabe à l’époque moderne, surtout concernant les Maghrébins en Egypte. Durant les trois dernières décennies, le Prof. Abdurahim a entretenu des relations étroites avec notre Fondation, en participant à ses congrès d’études ottomanes ainsi qu’aux différentes publications parmi lesquelles l’Arab Historical Review for Ottoman Studies (AHROS) dont il a été un membre fondateur. Ce qui attire l’attention dans son itinéraire scientifique, c’est qu’il a publié plusieurs recueils de documents inédits, puisés dans les tribunaux charcî d’Egypte, relatifs aux activités économiques, militaires et culturelles des Maghrébins en Egypte. Ces documents, publiés par notre Fondation en cinq tomes, le sixième étant sous presse, constituent aujourd’hui une référence incontournable en la matière.
Les chercheurs ottomanistes arabes louent l’apport de feu Abdurrahim. Nombreux ont été ceux qui ont participé à ces Mélanges. D’autres contributions, adressées par ses amis et disciples, nous sont parvenues après la parution des deux premiers tomes, ce qui nous a poussé à préparer ce troisième tome, en lui ajoutant les traductions en français de quelques études parues dans les deux premiers tomes en arabe. Notre objectif est d’informer les chercheurs occidentaux de la contribution de l’école historique arabe aux études ottomanes. En effet, les universités arabes ont un bon nombre d’éminents historiens ottomanistes, mais le fait que leurs travaux paraissent uniquement en arabe constitue une entrave à leur rayonnement. Par ailleurs, la publication des traductions de quelques études constitue un hommage à leurs auteurs. Il s’agit également d’encourager la traduction qui occupe une place importante dans la communication scientifique entre chercheurs ottomanistes travaillant dans les universités arabes, européennes et américaines.
* * *
Ce troisième tome des Mélanges Abdurrahim Abdurrahman Abdurrahim est un nouvel hommage rendu à cet historien et savant. Au total, les trois tomes réunissent une cinquantaine d’articles dépassant 1100 pages.

Tunis, le 3/11/2009 Abdeljelil TEMIMI

* * *
TABLE DES MATIERES


1-Partie anglaise et française
- Prof. Abdeljelil Temimi.- Un nouvel hommage à l’historien ottomaniste feu Abdurrahim Abdurrahman Abdurrahim …..7
Etudes :
- Avci, Yasemin.- Jerusalem in the Age of Ottoman Reforms: the Urban Identity and Institutional Change.......................... 9
- Ben Miled, Lotfi.- Les relations entre Ifriqiya et l’Orient islamo-méditerranéen (1052-1509) ......................................... 23
- Hammache, Khalifa.- Les waqfs des lieux saints dans la ville d’Alger à l’époque ottomane (Traduit de l’arabe par Nadia Temimi)........................................................................... 41
- Ghattas, Aïcha.- Aspects de l’organisation des corporations de métiers a Alger a l’époque ottomane (Traduit de l’arabe par Sonia Temimi) …………………………………..……………..55
- Hanafy, Sahar Aly.- La célébration de la crue du Nil dans le Caire ottoman (923-1213h/1517-1798) (Traduit de l’arabe par Sonia Temimi) …………………………................................79
- Rafiq, Abdelkrim.- Les ulémas en Biled El-Cham et en Egypte et le droit ottoman : le cas des droits de mariage (Traduit de l’arabe par Nadia Temimi) ………………..…........107
- Saâdaoui, Ibrahim.- L’oliveraie de Hergla au milieu du XIXe siècle : sa place dans le watan de Sousse et ses états foncières ..................................................................................... 123
- Temimi, Abdeljelil.- Les relations algéro-vénitiennes à la lumière de quatre lettres inédites adressées des deys d’Alger au Doge de Venise (1764-1782) ................................................ 131
Résumés de quelques études publiées en arabe :
- Hammache, Khalifa.- Le nom « Ketchaoua » donné à la célèbre mosquée d’Alger, est – il un vocable turc ou local ? .... 151
- Obeidi, Jassim Mohammed Shatub.- Turkish Straits in the match between Kurazon and Chichirin in Lausanne Conference,1922-1923 .............................................................. 152
- Index des noms de personnes et collectivités ………………155
- Index des lieux géographiques …………………………...…….157
- Publications de la Fondation ……………………...……………159
1- Partie arabe

- Prof. Abdeljelil Temimi.- Un nouvel hommage à l’historien ottomaniste feu Abderrahim Abderrahman Abderrahim …..7
Etudes :

- Temimi, Abdeljelil.- Les relations algéro-vénitiennes à la lumière de quatre lettres inédites adressées des deys d’Alger au Doge de Venise (1764-1782) ................................................ 9
- Hammache, Khalifa.- Le nom « Ketchaoua » donné à la célèbre mosquée d’Alger, est – il un vocable turc ou local ? .... 31
- Hanafy, Sahar Aly.- La célébration de la crue du Nil dans le Caire ottoman (923-1213h/1517-1798) ................................. 55
- Saâdaoui, Ibrahim.- L’oliveraie de Hergla au milieu du XIXe siècle : Sa place dans le Watan de Sousse et ses états foncières ..................................................................................... 83
- Ameur, Iman.- La fabrication du pain en Egypte : entre tradition et modernité ............................................................... 131
- Obeidi, Jassim Mohammed Shatub.- Turkish Straits in the match between Kurazon and Chichirin in Lausanne Conference,1922-1923 .............................................................. 165
- Afifi, Mohamed.- Les Arabes et les Ottomans entre idéologie et histoire ..............................................…………….. 183
- Index des noms de personnes et collectivités …………….….205
- Index des lieux géographiques ……………………………...….209
- Publications de la Fondation ………………………………...…213

 
Vient de paraître
 
 
Actes du IXème  congrès du corpus d’archéologie ottomane dans le monde sur :
Série 2 : Archéologie Ottomane N° 10
 
Monuments civils à l’époque ottomane :
Maisons, medersas, ponts et hammams
 
 
Etudes réunies et préfacées par
Prof. Emérite Abdeljelil TEMIMI
 
 
Publications de la Fondation Temimi pour la Recherche Scientifique et l'Information
Tunis, Novembre 2009
****
CORPUS D’ARCHÉOLOGIE OTTOMANE :
UNE NOUVELLE RÉALISATION  
 
Prof. Abdeljelil TEMIMI
 
Dans les villes anciennement ottomanes, le patrimoine archéologique ottoman dépasse de loin tous les patrimoines appartenant aux époques antérieures. Ce qui traduit, sans nul doute, l’importance des efforts menés pendant six siècles, par  les Ottomans dans le domaine de la construction architecturale, tout en introduisant les traditions architecturales et urbaines des différents peuples ottomanisés. Mais pour des raisons idéologiques, nationalistes ou même chauvines, ces monuments sont aujourd’hui négligés, reconvertis en cafés maures, hôtels, boites de nuit, ou même détruits comme ce fut le cas de centaines de mosquées, citadelles, ponts historiques et maisons…  Lors de la guerre de Bosnie-Herzégovine dans les années quatre-vingt-dix, des centaines de lieux de culte musulman ont été détruits, des ponts historiques et des monuments archéologiques également. Ont connu ce même phénomène d’autres pays qui n’ont pas été, pourtant, ravagés par la guerre, entre autres les pays arabes. Pour le cas de la Turquie, l’intérêt pour ce patrimoine architectural est  faible, et peu nombreux sont les monuments restaurés.        
C’est dans ce cadre, que nous avons lancé, en 1996, cette  série de congrès sur le corpus d’archéologie ottomane dans le monde dont nous veillons à la tenue de congrès réguliers, car nous croyons en l’importance de la recherche archéologique aujourd’hui ; en effet,  les monuments archéologiques font partie de notre patrimoine national et du patrimoine de l’Humanité. Ainsi, nos huit congrès internationaux ont atteint nombre d’objectifs majeurs ; une accumulation quantitative d’études,  résultats et idées y a été réalisée. Citons entre autres la corrélation entre documents d’archives et monuments historiques, l’interaction entre architectures locale et étrangère, le rôle des architectes dans la structuration de l’espace urbain, ainsi que d’autres grandes idées. Notre Fondation a contribué également à l’ouverture culturelle et à l’interchange entre sociétés d’archéologues de différents espaces, balkanique, turc et arabe ainsi que les archéologues ottomanistes internationaux surtout ceux qui s’intéressent aux Balkans. Pour des raisons patriotiques, nationalistes, ethniques et culturelles, ces archéologues travaillaient auparavant sans grande communication entre eux. Dans ce cadre, il faut louer le rôle joué par quelques institutions arabes  telle que Dar al-Athar Al-Islamiyyah du Koweït dirigée par Cheikha Hissa Assabah, ainsi que quelques institutions turques qui s’intéressent à ce patrimoine architectural. De par cette série de congrès, notre Fondation essaye de créer de nouvelles traditions de coopération et d’interchange scientifiques. Car nous croyons que le patrimoine archéologique ottoman peut être utilisé pour le rapprochement entre peuples et cultures, la consolidation de la coopération et du dialogue pour servir la compréhension, la convivialité et la paix régionale et mondiale. En effet, nous n’avons d’autres choix que de prêcher et de travailler pour ces valeurs.
D’autre part, le lecteur pourrait aisément remarquer que les études publiées dans cet ouvrage sont axées sur les monuments civils à l’époque ottomane tels que habitats, palais et résidences, médersas, ponts et hammams. Géographiquement, ces études couvrent les espaces maghrébins, essentiellement ceux des régences d’Alger et de Tunis, en plus d’Alep et d’Istanbul. Nous avons souhaité couvrir d’autres espaces du monde ottoman. Mais, il ne faut pas  voir les choses de cet angle-là, car les axes de cette série de congrès sur l’archéologie ottomane influencent directement ou indirectement l’orientation de la recherche archéologique, ainsi que les fouilles, la restauration et la sauvegarde des monuments ottomans ; c’est un appel adressé à tous les archéologues arabes et autres pour pousser leurs travaux et recherches sur ces thèmes fort intéressants.
Nous remercions tous les archéologues qui ont répondu favorablement à notre invitation et participé aux travaux de notre congrès dont l’objectif majeur est de protéger ce patrimoine arabo-ottoman. Par ailleurs, nous publions cet ouvrage en hommage à la chercheuse syrienne Dr. Néjoua Othman, qui nous a quitté suite à un accident de route en février 2009 ; elle a participé à notre congrès en donnant une communication originale sur Les maisons d’Alep à l’époque ottomane. En effet, elle a joué ce rôle de trait d’union entre le Maghreb et le Machreq, la preuve en est son étude comparative entre les mosquées d’Alep et de Kairouan. C’était une chercheuse atypique, très active et de grande valeur.
Prof. Abdeljelil TEMIMI
***
 TABLE DES MATIERES
 
1-Partie française
 
 
9
- Prof. Abdeljelil Temimi.- Corpus d’archéologie ottomane :  Une nouvelle réalisation
11
- Allocution du Prof. Abdeljelil Temimi
13
- Allocution du Prof. Ahmed Saadaoui
 
15
- Allocution de S.E. Naci Akenci, ambassadeur de Turquie en Tunisie
 
Etudes 
 
17
- El-Aoudi Adouni, Raja.- Le bain maure en Ifriqiyya : Etude comparative, architecturale et sociale
 
27
- Saadaoui, Ahmed.- Palais et résidences des Mouradites : Apport des documents des archives locales (Tunisie au XVIIe siècle)
 
65
-Said, Mohamed.- L’habitat traditionnel dans la région de M’saken 
 
83
- Salah, Mohamed Mounir.- Eléments de composition de la maison de la Casbah dans la médina d’Alger
 
91
- Slama Gafsi, Abdelhakim.- Note préliminaire sur la restauration à Ghar el Melh
 
109
- Temimi, Abdeljelil.- L’expédition ottomane de Tunis en 1574 à travers des illustrations en couleur
 
: Résumés de quelques publiées en arabe -
 
135
- Ben Yedder, Karim.- Aperçu sur les cimetières musulmans de Tunis dans la deuxième moitié du XIXe siècle
 
136
- Chargui, Rezgui.- L’habitat urbain en Algérie à l’époque ottomane
 
137
- Hammache, Khalifa.- Les facteurs affectant les maisons à Alger à l’époque ottomane
 
138
- Jarray, Fathi. - Les deux ponts de Hergla et leur inscription commémorative
 
139
- Mehtari, Faïza.- Le mausolée de l’Imam Senoussi : Etude historique et architecturale
 
140
- Othman, Ammar.- Sidi Moussa El Joumni et son école de Matmata: Etude archéologique
143
  Rapport final du congrès -
147
- Index des noms de personnes et collectivités
149
- Index des lieux géographiques
151
- Publications de la Fondation
 
- Partie arabe
 
9
- Prof. Abdeljelil Temimi.- Corpus d’archéologie ottomane : Une nouvelle réalisation
11
- Allocution du Prof. Abdeljelil Temimi
13
- Allocution du Prof. Ahmed Saadaoui
 
15
 
- Allocution de S.E. Naci Akenci, ambassadeur de Turquie en Tunisie
 
Etudes :
 
17
- Ben Yedder, Karim.- Aperçu sur les cimetières musulmans de Tunis dans la deuxième moitié du XIXe siècle
 
47
- Temimi, Abdeljelil.- L’expédition ottomane de Tunis en 1574 à travers des illustrations en couleur
75
- Jaber, Leyla.- La medersa mouradite de Gabès
 
99
- Jarrey, Tathi.- Les deux ponts de Hergla et leur inscription commémorative .
 
111
- Hammache, Khalifa.- Les facteurs affectant les maisons à Alger à l’époque ottomane
 
123
- Chargui, Rezgui.- L’habitat urbain en Algérie à l’époque ottomane
 
163
- Othman, Ammar.- Sidi Moussa El Joumni et son école de Matmata: Etude archéologique
 
191
- Othman, Nejoua,.- Les habitats d’Alep vers la fin de l’époque ottomane
 
207
- El-Aoudi Adouni, Raja.- Le bain maure en Ifriqiyya : Etude comparative, architecturale et sociale
 
223
- El-Ghoul, Yahya.- Les médinas arabes : entre patrimoine et développement
 
229
- Mehtari, Faïza.- Le mausolée de  l’Imam Senoussi : Etude historique et architecturale
237
-  Rapport final du congrès
241
- Index des noms de personnes et collectivités
245
- Index des lieux géographiques
247
- Publications de la Fondation
 
BULLETIN DE LA LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE EN SCIENCES HUMAINES N° 51 janvier 2010
 

Préambule :
Un bilan chiffré des activités scientifiques de la Fondation en 2009


2009 a été une année riche en activités scientifiques entre séminaires ; congrès et différentes publications scientifiques. Nous avons en effet organisé 33 séminaires de la mémoire nationale et maghrébine. Nous avons tenu à inviter diverses personnalités afin de consolider la base de données créée depuis le début de ce projet. Dans ce cadre, nous avons publié 140 textes de ces témoignages audio-visuels, représentant un capital documentaire important à plus d’un titre.
La deuxième réalisation, dont nous sommes très fier, est la publication en 2009 de 15 nouveaux titres en différentes langues, comprenant des centaines de nouvelles études provenant de chercheurs tunisiens, maghrébins et internationaux, publiées en arabe, français, espagnol et anglais ; ceci prouve la confiance qui nous a été accordée par ces chercheurs.
Enfin, la troisième réalisation, non moins importante que les deux premières, est la tenue de trois congrès internationaux, réunissant plus de 120 chercheurs. Ces congrès ont été couronnés par des rapports importants touchant à des problématiques délicates et ce, malgré les obstacles dont certains continuent de parsemer notre chemin.
La question qui se pose est la suivante : où sont les institutions, les centres et les organisations arabes et islamiques, au Maghreb comme au Machrek, dont le bilan scientifique serait équivalent à celui que présente, modestement, notre Fondation ? Je ne veux pas généraliser puisqu’il existe des exceptions telles que le Markaz Dirâsât al-Wihda al-‘Arabiyya qui a bénéficié des dons de généreux mécènes. Notre Fondation, en revanche, est exclue de tout don depuis une dizaine d’années parce qu’elle se trouve dans l’espace maghrébin, considéré comme mois important et moins rayonnant que les espaces machrékin ou euro-américain ! Notre Fondation continuera malgré tout son parcours scientifique, assumant les charges de sa gestion scientifique et financière. Je voudrais, à cette occasion, remercier la Fondation Konrad Adenauer et les ambassades de Hollande et de Belgique en Tunisie qui ont financé certains de nos colloques l’année dernière, charge qu’auraient pu assumer les Arabes pour soutenir la recherche scientifique et encourager les institutions académiques indépendantes au Machrek et au Maghreb au lieu de se contenter de créer des chaires dans des universités euro-américaines aux budgets faramineux. Nous voulons attirer l’attention sur ces éléments afin que les élites culturelles et politiques arabes étudient ces réalisations. Les institutions euro-américaines sont intéressées par la consolidation des dialogues spécialisés, de la démocratie et des bases de la société civile en collaborant avec des institutions académiques non gouvernementales, au Maghreb et au Machrek, qui ont prouvé qu’elles étaient les seules capables de réaliser des projets scientifiques constructifs. Que tous soient assurés que l’avenir du savoir et de la recherche scientifique dans nos pays arabes ne dépend plus des institutions gouvernementales ayant prouvé leur faible rendement depuis cinquante ans, comme nous nous évertuons à le répéter depuis deux décennies, mais il dépend de la création d’institutions académiques privées. Nous avons plus d’un élément qui prouve les réalisations des universités, des laboratoires et des centres de recherche privés aux Etats-Unis ou ans les pays asiatiques. Nous invitons tous les intéressés à étudier ces réalisations afin d’en tirer les leçons puisque ce dossier est malheureusement quasi absent des agendas des présidents d’universités maghrébines et arabes !

Dr. Abdeljelil Temimi


Prochains séminaires programmés :
- 9 janvier 2010 séminaire internationale avec Son Excellence Férid Abboud Ambassadeur de Liban en Tunisie sur : « les relations américo-syrienne à travers les documents diplomatiques 1945-1957»
- 16 janvier 2010 avec M. Salem Moubarak
- Séminaire de la mémoire nationale avec Prof. Sadok Belaid, sur le contenu de sa dernière rencontre avec l’ex Premier Ministre Hédi Nouira.
- Plusieurs personnalités nous ont donné leurs accords : Le militant Abdelmajid Chaker, l’Ambassadeur Ahmed Ben Arfa, Ali El Hadda, Maîtres Mohamed Lazher Chabbi, Mansour Cheffi, Samir Annabi, Chadly Ben Youness, Mahmoud Ellafi,

 
 

Prochains congrès scientifiques programmés :

1) le 30e Forum de la Pensée Contemporaine sur : « La liberté d’expression et de communication au Maghreb » (dont la date reste à fixer). En voici la circulaire :
« Il existe un accord de principe sur les résultats et les recommandations des études et analyses des politiques des gouvernements et des organisations régionales et internationales qui se sont penchés sur les problématiques du développement pour réussir à garantir la liberté de la presse et le rôle que peuvent y jouer les médias indépendants. Le défi reste à relever et la question qui se pose est la suivante : quels sont les moyens permettant de garantir la liberté de la presse et de protéger les journalistes ? Ceci nécessite l’étude de la législation sur la liberté de la presse dans les pays du Maghreb.
Il faudrait repenser les moyens qui permettraient de créer les mécanismes nécessaires au relèvement des médias afin qu’ils puissent jouer leur rôle dans la lutte contre certains maux sociaux tels que la pauvreté, l’ignorance, le despotisme et la mauvaise gouvernance, le but étant de contribuer à l’instauration de la justice, de la démocratie et à donner plus de place à la société civile.
Les objectifs de ce congrès seraient de réunir des experts composés d’universitaires, de chercheurs, de syndicalistes, d’activistes de la société civile, de cadres gouvernementaux, de représentants d’organisations régionales et internationales de différentes parties du monde afin de discuter de ces questions et parvenir à déterminer les objectifs généraux et les nouvelles stratégies afin d’aider les décideurs dans la conception de plans et de programmes visant à créer des médias actifs.
Les thèmes suivants ont été proposés :
- la situation actuelle de la législation concernant la liberté de la presse dans les pays du Maghreb ;
- les moyens permettant de déterminer les normes de la liberté de la presse, de se libérer de la peur, de protéger les journalistes lors des conflits armés ;
- mettre en place une nouvelle stratégie maghrébine visant à développer le secteur de la communication, à garantir la liberté de la presse et à faire face à la criminalité électronique.

 
 

2) 27-28-29 mai 2010, Le coût du non développement politique, économique et scientifique dans le monde arabe (en partenariat avec la Fondation Konrad Adenauer (voici la première circulaire) :
« Parmi les bienfaits de la mondialisation c’est qu’elle nous permet de nous comparer avec les différents Etats du monde, tant sur le plan politique que sur le plan économique ou scientifique etc…; c’est ainsi qu’à la suite d’une lecture des indicateurs et rapports internationaux, nous relevons que les pays arabes sont hors classement du fait qu’ils ont raté leur développement à tous les niveaux économique, politique et scientifique ; mais les mass médias internationaux ne soucient guère de la situation et négligent obstinément de soulever le coût du non développement général des pays arabes.
D’ailleurs les rapports du développement dans les pays arabes confirment cet amère constat, ce qui nécessite l’adoption d’une stratégie globale élaborée pour une bonne gouvernance, une qualité de l’enseignement qui reste la clef de tout futur développement, une répartition équitable de la richesse moyennant un processus de développement économique et surtout un combat contre la corruption et tous les vices qui rongent la société.
Mais pourquoi les pays arabes ne s’inspirent pas des expériences de quelques pays avant-gardistes comme la Finlande, les pays du sud-est asiatique et enfin la Chine communiste qui s’est transformée, en trente cinq ans, en réalisant un taux de développement de 9%, malgré la crise monétaire qui a secoué le monde entier, taux jamais égalé même par les pays développés comme le Japon, les USA ou l’Europe ; nos dirigeants politiques, nos élites, nos universitaires, nos centres de recherche et nos divers partis, toutes tendances confondues, ont-ils tiré les enseignements de ce spectaculaire développement en se posant l’interrogation légitime sur les secrets de ce développement spectaculaire et foudroyant réalisé dans un laps de temps court qui n’a pas dépassé les quarante ans, alors que les pays arabes avec leurs 300 millions d’individus, n’ont pas su depuis plus d’un demi siècle, adopter les lois et règlements nécessaires pour leur développement, qui tarde à se réaliser jusqu’aujourd’hui, on est donc en droit de se demander le pourquoi de ce manque de développement ; c’est dans cette perspective de recherche que notre Fondation en partenariat avec la Fondation Konrad Adenauer lance le 29ème congrès du Forum de la Pensée Contemporaine sur :
Le coût du non développement politique, économique et scientifique dans les pays arabes
Avec pour thèmes ce qui suit :
I- Aux origines du non-développement des pays arabes ;
II- Coût du non développement ;
II- Que faire pour s’en sortir ?
Les deux premiers thèmes peuvent être développés ainsi :
A- Sur le plan structurel :
Depuis leurs indépendances politiques, les pays arabes n’ont pas su concevoir une vision rationnelle pour un développement généralisé, en tirant profit des expériences réussies comme celle de la Finlande, minuscule pays qui a émerveillé le monde. Nous enregistrons également l’absence de centre de recherches arabes visionnaires pour statuer, élaborer et conseiller l’adoption d’une stratégie de développement global.
B- Sur le plan politique :
Parmi les thèmes à soulever le changement politique, la légitimité populaire et la légitimité historique, la révolution et les révolutionnaires qui se sont succédés sans se soucier de l’établissement d’une véritable démocratie non imaginaire en défendant le processus des droits de l’homme et des libertés…
C : Sur le plan économique :
La rente pétrolière a divisé les pays arabes en pays riches et d’autres pauvres ou presque et que l’autosuffisance alimentaire n’a pu être assurée pour l’ensemble des pays arabes même dans un avenir proche, alors que nous possédons tous les atouts pour la réaliser ; d’ailleurs on relève un nouveau et grave phénomène qui consiste à louer des millions d’hectares de terres cultivables à des sociétés multinationales pour les exploiter au détriment les pays arabes !
C :-Sur le plan scientifique :
Manque de centres de recherches et d’institutions scientifiques crédibles qui ont la tâche d’arrêter une politique commune de développement et surtout le fléau de l’immigration où plus de cent mille haut cadres arabes fuient, annuellement les pays arabes et pour toujours ; cela étant une perte évaluée à des centaines de milliards d’euros et qui bloque tout futur développement.
La question qui se pose aux élites arabes : que faire pour s’en sortir ? Les participants à ce congrès sont appelés à étudier l’état du non développement des pays arabes en évaluant le coût, certes élevé, de cet état et concevoir des solutions adéquates susceptibles de mettre le monde arabe sur les rails du développement et de la modernité. »

 
le 28ème congrès du Forum de la Pensée Contemporaine sur : Démocratie et développement durable au Maghreb et en Europe Tunis 11-12 décembre 2009
 

Rapport final

Sur invitation de la Fondation Temimi pour la Recherche Scientifique et l’Information et en partenariat avec la Délégation Wallonie-Bruxelles à Tunis, s’est tenu les 11 et 12 décembre, le 28e congrès du Forum de la Pensée contemporaine sur : Démocratie et développement durable au Maghreb et en Europe
Lors de la séance d’ouverture, sont intervenus le Prof. Abdeljelil Temimi (en français), M. Daniel Soil, délégué de la Délégation Wallonie-Bruxelles à Tunis, le Prof. Massoud Daher (en arabe), au nom des participants, et ce en présence des chercheurs, universitaires d’Algérie de Belgique, de Liban, du Maroc de Tunis et des USA, en plus des Ambbassadeurs : M. Horst-Wolfram Kerll, ambassadeur d’Allemagne, Prof. Néjib Zerouali, ambassadeur du Maroc, le Dr. Farid Aboud, ambassadeur de Liban, M. Houssam Eddine Aref, Premier Secrétaire de l’Ambassade d’Egypte. Y ont pris part également nombre d’anciens ministres et ambassadeurs, des juristes, des journalistes et des représentants des agences de presse de Tunisie et du Monde arabe.
Dans son discours inaugural, le prof. Temimi a abordé les défis de la démocratie, ses liens organiques avec le développement durable ainsi que leurs relations avec plusieurs concepts tels que l’efficacité de la société civile, la citoyenneté active, la transparence, la participation populaire, la bonne gouvernance et le rôle de la femme dans la mise en place de la démocratie et du développement durable à la lumière de l’expérience européenne réussie. C’est ce qui pousse les pays du Maghreb à réclamer une plus grande ouverture politique, même si elle est progressive, pour tout l’espace géopolitique maghrébin.
M. Daniel Soil, quant à lui, a énuméré les projets de la Délégation Wallonie-Bruxelles autour des thèmes des dialogues et de la modernité auxquels un intérêt de longue date est porté, notamment avec l’organisation d’un colloque scientifique autour de « la démocratie et de la religion : l’islam, le christianisme et la modernité », qui s’est tenu à Bruxelles et auquel de nombreux Maghrébins ont participé. M. Soil a également évoqué la spécificité des changements démocratiques à partir de quelques symboles occidentaux de l’époque des Lumières.
Lors de 8 séances scientifiques, 18 communications ont été données, abordant de nombreux thèmes ; citons, à titre d’exemple :
- le besoin des pays arabes, dans le Maghreb et dans le Machrek, du développement durable à la lumière du rapport des Nations Unies sur le développement. Une série d’indicateurs a été adoptée traduisant la fragilité des structures politiques, sociales, économiques et environnementales dans la région arabe aujourd’hui.
- la culture de la paix et ses liens avec les défis de la démocratie et du développement durable, en mettant l’accent sur la libération que peut offrir la culture de la paix ainsi que l’avenir de l’identité dans les pays européens, conséquence des changements socio-économiques et le rôle de l’individu dans le maintien de la paix.
- Le phénomène de la corruption et son influence négative sur le développement socio-économique, son rôle dans le gaspillage de l’argent public, dans l’interruption du processus démocratique. La corruption crée des couches qui empêchent la prise de la bonne décision politique dans le sens de l’instauration de la démocratie.
- Le lien entre le développement durable et la démocratie dans le monde arabe et les leçons que les Arabes doivent tirer après l’effondrement des régimes totalitaires dans des pays qui ont adopté des régimes politiques empreints de libéralisme afin de consolider la démocratie et les droits de l’homme. De nombreuses ressources arabes ont été gaspillées durant les dernières décennies sans que ne soient réalisés les plans de développement arabes. L’équité dans la distribution des ressources et l’égalité des chances de tous les citoyens n’ont pas été atteints. Au contraire, cela a conduit à la propagation de nombreux maux sociaux et à l’effondrement du système de valeurs individuel et collectif. Des appels ont été lancés pour limiter la dépendance à l’étranger et pour construire une nouvelle stratégie de développement arabe encourageant les pays à compter sur leurs propres forces et à mieux comprendre le lien étroit entre le développement durable et la démocratie.
- La société civile au Maghreb se caractérise par une grande diversité ; le rapprochement des peuples s’est manifesté autour de questions communes malgré les difficultés importantes rencontrées au niveau officiel ; la formation de plusieurs unions et d’associations sectorielles en est la preuve.
- La revendication d’une démocratie permettrait le développement humain. Ceci suppose que les actions soient durables et non tributaires d’une circonstance politique. Le citoyen arabe se sentirait, dans ce cas, parfaitement capable d’idées novatrices et de participer à la gestion de la « chose publique ».
- L’adoption de nombreuses initiatives éducatives dans l’espace méditerranéen, en en convaincant les professeurs et les étudiants. Il n’existe pas d’accord sur les défis géopolitiques qui nécessitent différentes propositions et solutions.
- Afin de réaliser le développement durable et la démocratie, le devoir des pays maghrébins aujourd’hui serait d’œuvrer à réformer toutes les structures administratives, économiques et éducatives, notamment le système judiciaire afin de combattre tous les abus.
- Nous en sommes arrivés à douter des véritables objectifs et définitions des orientations développementalistes. La question se pose donc : le développement durable sert-il les intérêts des pays en voie de développement ? Les pays riches vont-ils contrôler les industries d’énergie de remplacement à l’ère de la post-mondialisation ?
Dans ce cadre, nous attirons l’attention sur l’expérience belge qui a adopté depuis 1976 une loi pour consolider les entreprises démocratiques, de toutes tendances même celles opposées au pouvoir. La Belgique a ensuite concentré ses efforts à consolider l’éducation, la formation et l’encouragement des activités socioculturelles de toutes les catégories maghrébines résidant sur son territoire. Ceci explique l’adoption d’une loi qui encourage à une éducation qui incite à adhérer à la démocratie politique totale comme moyen efficace de combattre les différences sociales, à accorder l’égalité des chances à tous quelques soient leurs différences.
La discussion a abordé plusieurs problématiques stratégiques pour la construction de la démocratie et du développement durable où les devoirs des régimes, des sociétés et des élites sont nombreux dans cette nouvelle orientation, en prenant en considération les expériences européennes, malgré les nombreux reproches qui peuvent leur être faits.
Le congrès a été suivi par un débat de qualité dans lequel les opinions ont été échangées en toute liberté sur de nombreuses questions préoccupant l’opinion publique maghrébine et européenne depuis trois décennies.
Les participants ont également consacré une séance à discuter du thème du prochain congrès du Forum de la pensée contemporaine et ont fini par adopter le sujet suivant :
« La liberté de la presse et de l’informations dans le Maghreb »,
dossier qui nécessite une révision radicale des lois appliquées et qui pose également la question des mécanismes à adopter à la lumière des changements internationaux afin que les médias maghrébins participent réellement à changer le paysage politique.
Enfin, les participants remercient la Fondation Temimi pour la Recherche Scientifique et l’Information pour le bon déroulement du congrès. Grâce à ses activités, la Fondation a réussi à donner au chercheur maghrébin et arabe une place de choix dans le développement scientifique local et international. Les participants remercient également la Délégation Wallonie-Bruxelles et son représentant, M. Daniel Soil, qui, croyant au rôle de la science et de la culture, a activement œuvré à la mise en place de nouveaux mécanismes de partenariat scientifique entre la Belgique et les élites maghrébines.

 
Discours du professeur Abdeljelil Temimi
 

Excellences les ambassadeurs qui nous font l’honneur de leur présence,
Monsieur Daniel Soil, responsable de la Délégation Wallonie Bruxelles,
Monsieur le professeur Massoud Dahir,
Nos honorables invités,

La tenue de ce congrès du Forum de la Pensée Contemporaine, que nous organisons aujourd’hui avec le partenariat scientifique de M. Daniel Soil, responsable de la délégation Wallonie Bruxelles à Tunis, s’insère dans le cadre des activités scientifiques régulières de notre Fondation depuis près de trois décennies. Nous avons, d’un commun accord, opté pour le thème : Démocratie et développement durable au Maghreb et en Europe. Le fait de traiter des problématiques aussi délicates requiert un examen approfondi. Nous ne pouvons faire porter l’entière responsabilité de l’absence de démocratie et de la non réalisation du développement réel dans nos pays à l’une ou l’autre des parties. Au contraire, en tant qu’universitaires et chercheurs des espaces maghrébin, occidental et machrékin, nous avons nos propres analyses de ces dossiers que nous tenons à diffuser auprès : des responsables, des sociétés civiles et des élites des deux rives de la Méditerranée afin qu’elles soient prises en compte dans les projets de développement politique, économique et du savoir pour mettre en œuvre la démocratie dans notre espace géopolitique.
Notre traitement de cette problématique est a politique puisque nous sommes très conscients de l’écart qui nous sépare de l’état de développement en Europe. Il n’y a pas lieu de comparer. Nous tenons malgré tout à multiplier les espaces de dialogue et d’échange constructif entre universitaires maghrébins, européens et internationaux.
Les problématiques de la démocratie et du développement durable ont représenté deux principaux pôles d’intérêt des élites maghrébines durant les trois dernières décennies surtout après que les Etats nationaux ont échoué à réaliser les projets de développement fixés après les indépendances politiques. Les élites de différents bords idéologiques sont parvenues à la conclusion que le développement global ne s’est pas réalisé dans nos pays à cause de nombreux obstacles, le slogan du développement, relayé par les médias, ne s’étant jamais transformé en véritable plan stratégique institutionnel aux objectifs bien précis.
La problématique essentielle et précise que nous allons essayer d’examiner consiste à analyser la relation entre la démocratie et le développement durable. Si certains pensent que la démocratie est le facteur clef du développement de nos peuples, d’autres trouvent au contraire que le développement, notamment économique, ouvre le champ aux changements essentiels, ambition de toute société désireuse d’instaurer une réelle démocratie, même si elle se réalise lentement. Ces approches prouvent que la démocratie et le développement sont intrinsèquement liés surtout en ces temps de mondialisation. Le libéralisme économique est le seul biais qui assure le développement, la modernisation et le progrès et ne peut se réaliser qu’à la condition d’une ouverture politique et dans une ambiance de liberté publique qui encourage les initiatives privées , tributaires d’une bonne gouvernance, de l’absence de favoritisme et de corruption et de la défense l’équité et du droit. Par ailleurs, la démocratie ne peut se réaliser dans un environnement où la pauvreté, le chômage, l’ignorance, l’illettrisme et d’autres maux sociaux sont répandus.
Le développement durable est celui dont tirent profit toutes les catégories sociales et toutes les régions sans distinction, ce qui constitue une garantie pour sa pérennité. Il ne peut non plus se limiter au domaine économique, en laissant de côté les domaines social et du savoir. A ces seules conditions, il sera possible de réaliser le relèvement de nos pays et de sortir du sous-développement politique, social et du savoir dont nous souffrons jusqu’à aujourd’hui.
La démocratie est liée à plusieurs autres concepts tels que société civile, citoyenneté, transparence, participation populaire incluant la participation de la femme dans la vie publique et politique dans nos pays. Ce sont là certains des thèmes qu’aborderont les interventions présentées lors de ce Forum à la lumière d’expériences qui ont cours sur les deux rives de la Méditerranée. Les chercheurs ici présents se soucient tous de réfléchir à de nouvelles conceptions essentiellement pour le futur de nos pays maghrébins, en tirant profit des multiples expériences occidentales et de l’impact de la présence maghrébine dans de nombreux domaines.
٭٭٭
Je voudrais clore en remerciant M. Daniel Soil, responsable de la Délégation Wallonie Bruxelles à Tunis et qui, grâce à un long séjour au Maroc et en Tunisie, est devenu un défenseur du renforcement des relations culturelles et scientifiques entre la Délégation et la Tunisie, en organisant de nombreuses manifestations artistiques, en apportant son concours à quelques facultés, encourageant ainsi le dialogue scientifique entre les universitaires maghrébins et belges. Nous inaugurons aujourd’hui le Forum de la Pensée Contemporaine qui se tient grâce au soutien de sa Délégation. Nous renouvelons nos remerciements à M. Daniel ainsi qu’à Mme. Karine Jerbi, de la Délégation, qui a veillé au bon déroulement des préparatifs.
٭٭٭
Cette honorable assemblée réunie aujourd’hui traduit la confiance dont bénéficie notre Fondation dans les milieux scientifiques internationaux qui partagent nos préoccupations. Je voudrai remercier les chercheurs universitaires qui ont bien voulu accepter notre invitation et participer de façon active à ce Forum. C’est en partie un des objectifs que nous poursuivons : servir le partenariat scientifique entre les chercheurs de différents bords idéologiques afin de contribuer à promouvoir l’entente et la paix. Je vous remercie.

 
Allocution d’ouverture de M. Daniel Soil, Délégué Wallonie-Bruxelles en Tunisie
 


Excellences, mesdames et messieurs, chers amis,
Nous voici arrivés aux dates fixées depuis longtemps pour ce Forum dont les participants vont réfléchir sur le lien entre démocratie et développement durable. Ce Forum a été pensé conjointement par la Fondation Temimi pour la Recherche scientifique et l'Information et la Délégation Wallonie-Bruxelles à Tunis.
Pour Wallonie-Bruxelles International, le Forum s'inscrit dans un processus intitulé Dialogues et Modernités, qui initie depuis quatre années des rencontres thématiques et des événements culturels associant la Belgique francophone (Wallonie-Bruxelles) à ses pays partenaires au Maghreb et dans le monde arabe.
Dans le contexte international caractérisé par une montée de l’intégrisme et de l’intolérance, Wallonie Bruxelles International a pris, en 2005, l’initiative de proposer à ses partenaires du Maghreb, du Liban et de Palestine une série d’actions, dont le point commun est de permettre la rencontre de représentants de divers secteurs de la société autour du thème de la modernité. Les publics visés en priorité sont les artistes, les journalistes, les scientifiques, les jeunes créateurs, les femmes chefs d’entreprise… Il s’agit avant tout d’écouter l’autre et d’offrir des espaces de dialogue et de travail en commun. Alors que nos relations internationales sont souvent marquées au sceau des « intérêts », il s’agit ici d’échanger autour de valeurs. Le ministre-président de Wallonie-Bruxelles, Rudy Demotte, apporte son plein appui à ces initiatives.
Au Maroc, le programme Dialogues et modernités a pris la forme, en mai 2006, d'une rencontre belgo-maghrébine de journalistes et d'étudiants en journalisme sur les enjeux actuels de la presse et des médias. Et en février 2007, un spectacle intitulé « Naïda », spectacle total (danse, musique, artistes du cirque, arts numériques) a été co-réalisé en 12 jours par 60 artistes maghrébins et belges francophones.
*
Le programme Dialogues et modernités a été proposé aux Autorités tunisiennes lors de la Commission mixte Tunisie/Wallonie de janvier 2008, qui fixait le programme de coopération dans les domaines impartis en Belgique aux Communautés (Culture, éducation, jeunesse, audiovisuel) et aux Régions (formation professionnelle, environnement).
Fin 2008, un colloque de dimension euro-maghrébine a été organisé à l’Université de Louvain la neuve en Belgique par le Professeur Bernard Feltz sur le thème : science, démocratie et religion – Islam, christianisme et modernité. Plusieurs experts tunisiens y ont pris part : Abdeljelil Temimi, Yadh Ben Achour, Mohamed Haddad, Mustapha Kraiem, Farid Khiari.
Le Forum scientifique qui s’ouvre aujourd’hui est la première manifestation du programme Dialogues et modernités en Tunisie. C'est l'occasion de remercier le Professeur Abdeljelil Temimi pour son adhésion à ce projet belgo-maghrébin, qui rencontre, il est vrai, les préoccupations de longue date de la Fondation Temimi. Ce Forum est en effet, pour cette Fondation, le 28ème d'une série de rencontres qui font date dans l'histoire de la pensée et du débat en Tunisie.
Le thème de ce Forum n'a pas été long à définir. Une rencontre sur le thème du processus démocratique analysé dans la perspective du développement durable venait à son heure.
S'agissant de l'Europe, le 19 octobre dernier, s'est tenue, à Bruxelles, à l’invitation du Forum permanent de la société civile européenne, une réunion de réflexion sur « biens communs et droits collectifs », qui réunissait divers réseaux et associations de la société civile pour tenter de comprendre la crise systémique actuelle, qui impose, écrivent les organisateurs, « une profonde réorganisation de nos sociétés, un basculement de notre modèle éthique, économique et social en reformulant les principes, les valeurs et les moyens d'action qui permettront de mieux gérer les biens communs. Le cadre institutionnel actuel n'a apporté que des réponses sectorielles et/ou territorialement limitées. On assiste, poursuit le texte, à l'émergence de nouvelles forces dans le monde du travail et dans la société civile. Ces forces doivent être rassemblées afin de construire les bases d’un nouveau pacte sociétal ».
Et de fait, en Europe, la légitimité des formes représentatives à la base de notre système démocratique semble parfois vaciller. Certains parlent même de perte de confiance. Pourtant, l’heure n’est pas à la table rase ou au changement de régime ; elle serait plutôt au renouveau, qui passerait par la promotion de l’action citoyenne. Comme si chacun désormais voulait faire entendre sa voix. Les notions de "participation", de "concertation", de "consultation", de "débat citoyen", de "gouvernance démocratique", de "transparence" sont de plus en plus valorisées.
En même temps, une tension se manifeste entre deux courants qui émergent côte à côte. D’une part la montée d’une "démocratie participative" reposant sur l’implication active des citoyens ; d’autre part l’avancée d’une "démocratie d’opinion" visant à satisfaire, voire à séduire, le plus grand nombre, au risque de voir la participation se perdre aux parages de la manipulation.
Il faut reconnaître que les instances démocratiques citoyennes, au moins à l'échelle locale, ne semblent pas portées à l’heure actuelle par un dynamisme conquérant. En Belgique, les conseils consultatifs qui ont été instaurés par beaucoup de municipalités dans les années 80 et 90 pour prendre le pouls de la société civile paraissent s'endormir en bien des lieux ou, à tout le moins, en recherche d'un second souffle.
Le chercheur belge Philippe De Leener se réfère à Loïc Blondiaux, dans son ouvrage « Le nouvel esprit de la démocratie. Actualité de la démocratie participative » quand il rappelle le paysage conceptuel ou philosophique de ces dispositifs.
Deux courants, l'un d'inspiration anglo-saxonne, l'autre promu par le philosophe Habermas, ont eu une influence marquante.
Le premier s'inscrit dans la ligne des philosophes du 18ème siècle, John Stuart Mill et surtout Rousseau. En gros, l'idée défendue est celle du citoyen actif, capable de penser et d'agir de manière avisée. La citoyenneté suppose la discussion entre les citoyens, le processus même de la discussion, liée à l'action sociale, créant la citoyenneté active. Le modèle promu est celui d'une démocratie par le bas, celle où les citoyens s'expriment et agissent en cohérence avec ce qui est exprimé.
Habermas pour sa part insiste sur la dimension délibérative, c'est-à-dire sur le débat et sa qualité. Il avance la proposition clé suivant laquelle la procédure importe plus que le résultat. Autrement dit, en matière de démocratie, la légitimité reposerait davantage sur la manière dont la décision a été construite, le processus social de son élaboration, plutôt que sur l'autorité qui la valide. D'où l'expression de démocratie procédurale. L'accent mis sur le débat place le travail d'argumentation à l'avant-plan.
Si les deux courants partagent de nombreux présupposés, le premier insiste sur la formation de citoyens informés et s'engageant efficacement, et donc des citoyens politisés, tandis que le second fonde la décision politique sur le processus d'argumentation rationnel. Ces deux courants sont à la source d'un nombre important d'expériences en Europe du Nord et dans les pays anglo-saxons. Ils y font autorité.
(L'Espace public chez Habermas était le thème que comptait développer Thomas Antoine, Ambassadeur de Belgique, s'il n'en avait pas été empêché à la dernière minute, pour des raisons indépendantes de sa volonté. Espérons que l'on puisse bénéficier de son apport dans les Actes qui seront réalisés à l'issue de ce Forum.)
Un autre courant soucieux de renouveau démocratique réintroduit le conflit au centre de la scène en soulignant l'accès inégal des groupes sociaux, non seulement au débat rationnel mais aussi dans le champ de l'action citoyenne. Ils soulignent que les femmes, les étrangers de couleur, les classes populaires,… sont mal placés pour agir sur la scène démocratique. Selon ce courant, la démocratie reposerait sur la construction de contre pouvoirs efficaces, capables de contester les règles du jeu et de configurer un espace public oppositionnel. La démocratie se nourrit alors de la contestation qui élargit la gamme des possibles et ouvre ainsi le champ aux groupes minoritaires ou exclus.
Mesdames et messieurs,
Comme vient de le dire le Professeur Temimi, un développement durable exige une ouverture politique et un contexte qui encourage les initiatives.
Quel rôle multiplicateur peut jouer la liberté d’association dans un développement réellement durable ? Notamment par la formation qu'elle favorise, de citoyens libres, critiques, solidaires et responsables ? Quel rôle pour les pouvoirs publics dans la promotion de cette liberté d’association et de la formation des citoyens qu’elle favorise ?
L’expérience belge sur ces questions mérite d’être connue et évaluée en toute objectivité, dans ses réussites comme dans ses limites.
C’est en 1976 qu’a été adopté à l’unanimité le premier décret qui fixe l’agrément et le soutien financier des pouvoirs publics aux associations démocratiques de toutes tendances, y compris celles qui s’opposent aux partis au pouvoir. Ce décret mentionne le concept d’éducation permanente. C’est dans la décennie qui suivra que se clarifieront les diverses approches de l’éducation permanente. Il faut en effet distinguer :
 l’éducation tout au long de la vie (ou la permanence de l’éducation) – qui veut rencontrer les nécessités d’adaptation à une société en constante évolution),
 la formation permanente (ici c’est l’évolution des technologies et du marché du travail qui est la référence)
 l’éducation non formelle (réalisée en dehors de l’institution scolaire qui place le bénéficiaire comme acteur central du processus éducatif et le considère comme producteur de savoir et de culture au départ de son expérience de vie)
 la promotion socioculturelle des travailleurs (la formation dite de promotion sociale).
Il peut être nécessaire de ré-interroger la notion d’éducation permanente à la lumière du projet que ses initiateurs poursuivaient. Une des bases de ce Décret trouve son origine dans la Résistance à l'occupant au cours de la deuxième guerre mondiale et les expériences collectives d’action et d’auto-formation que ce contexte a généré : la mise au point d’outils de formation et d’action adaptés à tous les niveaux de l’échelle sociale, ainsi que le souci de démocratiser de la culture. «Rendre la culture au peuple et le peuple à la culture » disait un manifeste en 1945, qui voulait éviter le retour du fascisme et portait déjà en germe le débat des années soixante : Culture pour tous ou Culture par tous, c'est-à-dire soutenir «les Cultures de tous » ?
Une deuxième source du Décret se trouve dans l’héritage de l’éducation populaire qui elle-même puise ses racines dans le projet de démocratie politique («le pouvoir n’appartient qu’aux citoyens») et de démocratie économique (une plus juste répartition des richesses et du pouvoir dans l’entreprise). Elle risque cette hypothèse : on ne pourra réduire les inégalités que si on change les modèles culturels. Education, culture et citoyenneté.
Dès les années cinquante, Adorno – et l’école dite « de Francfort » – soutenait qu’il fallait décloisonner les temps de l’école, du loisir, du travail et de la citoyenneté et affirmait que le temps de l’éducation constitue une transversale intégrant tous les champs et tous les moments de la vie.
Dans la décennie 1970, il existait également une volonté de renouveler et d’actualiser le combat contre les inégalités d’accès à l’éducation par des mesures volontaristes. Participer ne signifiait plus seulement s’intégrer aux structures existantes, mais aussi s’engager à les transformer, si nécessaire. Dans cette logique, la citoyenneté n’était pas suivisme, mais bien coopération et critique à la fois. La seule « prise de conscience » sans action transformatrice est apparue comme une fausse émancipation.
L’éducation permanente demande une approche transversale et non cloisonnée : elle est auto-éducation, c’est-à-dire (re)construction individuelle et collective des capacités de chacun sur ses choix de vie.
Permettez-moi de conclure en citant M. Jean-Pierre Nossent, Inspecteur des associations, chargé de les aider à établir un programme qui leur assurerait la subvention publique, qui résumait ainsi son credo à l’heure de la retraite : « émanciper, c’est apprendre à dire je veux, nous décidons, j’aime, nous désirons, je comprends, nous savons, je questionne, nous interpellons, je cherche, nous trouvons, je prévois, nous projetons, j’imagine, nous inventons, je produis, nous construisons, je coopère, nous organisons, je résiste, nous nous révoltons et nous instituons. »
Je vous remercie de votre attention.

 
Discours du Prof. Massoud Daher aux noms des participants :
 

Le professeur Temimi, comme à son habitude depuis des années, aborde des questions culturelles extrêmement importantes. Il ne s’agit pas de problématiques qui préoccupent les chercheurs spécialistes de l’histoire du monde arabe uniquement mais elles touchent à de graves problèmes concernant le présent et le futur des Arabes à la lumière des changements internationaux rapides à l’ère de la mondialisation. Le sujet de ce congrès prête à polémique puisqu’il s’agit des Processus de la démocratie et du développement durable dans le Maghreb et en Europe, sujet arabe aux dimensions internationales. Des chercheurs à la longue expérience académique ont été mobilisés. Certains ont publié des travaux importants, devenus des références en matière d’étude du développement et de la démocratie. D’autres sont de nouveaux chercheurs qui ont fait preuve de compétence dans l’analyse de nouvelles dimensions des problématiques du développement et de la démocratie dans les domaines de la communication, des médias, du développement équitable, de la bonne gouvernance…etc.
Après avoir garanti la totale liberté d’expression au sein de sa Fondation avant-gardiste, ayant à cœur de défendre l’esprit critique et la liberté d’opinion depuis plus d’une tiers de siècle, M. Temimi a placé les participants à ce congrès devant leurs responsabilités culturelles et nationales. Il a prononcé un discours inaugural important intitulé Les défis du dialogue scientifique euro-maghrébin pour la démocratie et le développement durable où il dit notamment « La problématique principale du congrès est le lien entre démocratie et développement durable. Si certains pensent que la démocratie est le facteur essentiel pour le développement de nos peuples, d’autres croient, au contraire, que le développement, surtout économique, ouvre des perspectives pour des changements radicaux auxquels aspire tout peuple désirant la démocratie et le développement durable ». S’appuyant sur les expériences de modernisation européennes qui ont confirmé les liens entre démocratie et développement, il a invité les participants à ce congrès à présenter des réponses claires sur les questionnements méthodologiques qui éclairent les parcours des chercheurs et des décideurs politiques dans le monde arabe afin de promouvoir la bonne gouvernance et le développement humain durable.
Le programme du congrès comprend des interventions importances qui confirment que la relation entre développement et démocratie est une priorité pour le relèvement arabe tant attendu. C’est une question qui fait débat et qui a bénéficié de l’intérêt des chercheurs de différentes écoles de pensée et tendances politiques. De nombreuses études ont été menées. Des questions méthodologiques innombrables ont été posées sur le lien entre ces deux composantes pour la construction d’une société libre capable de faire face aux défis de la mondialisation. Mais les pays occidentaux, européens et américains, ainsi que les pays d’Extrême-Orient offrent des modèles divergents dans ce domaine. Les expériences de modernisation européennes ont accordé la priorité aux libertés individuelles et publiques et ont construit des Etats démocratiques qui se préoccupent du développement durable, humain et économique. De leurs côtés, le Japon, la Chine et les Dragons asiatiques ont placé la question de la démocratie au bas de l’échelle du développement durable et n’ont lié le développement à la démocratie qu’après avoir réalisé des avancées dans le domaine de la construction de la société du savoir. Ils ont été suivis par les pays d’Amérique latine et certains pays africains et asiatiques. Quant à l’Inde, ce pays a accordé la priorité à la question de la démocratie dans la construction d’une société libre qui marche à grand pas sur le chemin de la diffusion du savoir, des technologies modernes et avancées et du développement équitable.
Dans les pays arabes, qu’il s’agisse de républiques ou de monarchies, le choix n’a pas encore été fait dans ce domaine. On n’a pas opté pour un parcours clair du développement durable de sorte qu’il précède, qu’il soit concomitant ou qu’il suive la démocratie. Bien que la majorité des intellectuels arabes a insisté sur le fait que la concomitance entre les deux serait la meilleure façon de réaliser une réelle modernisation, aucun des pays arabes n’a adopté cette vision théorique. Ces pays font encore partie de ceux qui sont incapables de construire une société stable et un développement humain et économique durable.
Les pays arabes n’ont pas accordé à cette question l’importance qu’elle mérite. Par conséquent, ils n’ont pas réussi à réaliser le développement durable, à construire un Etat de droit et d’institutions modernes, à garantir l’égalité et l’équité entre les citoyens. Avec l’échec des politiques de développement global, les tensions entre gouvernants et gouvernés ont augmenté. Les peuples arabes, qui sont durement réprimés, souffrent d’un déficit important en matière d’acquisition des connaissances scientifiques disponibles grâce à la révolution des communications, à cause notamment du taux de chômage, de l’analphabétisme, de la pauvreté, de la pollution de l’environnement, de l’émigration intensive, surtout dans les rangs de la jeunesse instruite et des ouvriers qualifiés. Ces éléments mettent en exergue l’échec des anciennes politiques développementalistes arabes à l’ère de la mondialisation, de ses blocs gigantesques et de ses crises périodiques, notamment celle qui a éclaté à l’automne 2008 et dont les effets négatifs continuent d’être ressentis dans tous les pays arabes.
Les participants à ce congrès, provenant de différents pays arabes et européens, sont venus munis d’études originales, essayant de répondre, à partir de différentes spécialités et méthodes, aux questions que posent le développement et la démocratie. Certaines analyses sont empiriques et comparent les parcours du développement dans les pays arabes avec ceux dans les pays développés, comparaison douloureuse car elle n’avantage absolument pas les Arabes. C’est pour cette raison que les chercheurs arabes, dans ce congrès et ailleurs, sentent qu’il est de leur devoir de présenter une vision claire aux objectifs précis de la relation entre développement et démocratie ainsi que de la façon de construire un développement durable sur des bases scientifiques et rationnelle.
Observer la réalité arabe nous montre que ces pays n’ont pas pris la bonne direction pour construire le développement global et durable. Pourtant, le fait de présenter des solution à partir de la relation dialectique qui existe entre développement et démocratie représente une contribution scientifique sérieuse pour tenter de sortir des crises aigues dont souffrent tous les pays arabes. Il faut également insister sur le fait que ce congrès revêt une importance toute particulière actuellement car les études scientifiques qui vont y être présentées traitent des différents aspects des problèmes du développement et de la démocratie. Mais sa réussite dépend de la capacité des participants à formuler des recommandations permettant la création d’un atelier pour le développement durable, à contribuer à définir le développement, aux niveaux théorique et pratique, et à analyser ses manifestations en Europe ainsi que les modifications qui y ont été apportées dans les pays d’Extrême-Orient.
A mon nom propre et à celui des participants, qui m’ont fait l’honneur de les représenter pour ce discours inaugural, je remercie la Tunisie pour avoir hébergé ce congrès. Je remercie plus spécialement la Fondation Temimi pour la Recherche Scientifique et l’Information, son président, mon ami le Dr. Temimi, et tout son personnel de nous accueillir. Nos remerciements s’adressent également à la Délégation Wallonie-Bruxelles à Tunis pour sa participation à la réussite de ce congrès. Je souhaite que nous parvenions à formuler de nouvelles recommandations scientifiques susceptibles de lancer des programmes scientifiques qui permettraient aux pays arabes d’entamer leur propre développement durable avec des objectifs stratégiques qui changeraient le présent et le futur des Arabes.
Enfin, je souhaite que notre congrès soit une réussite et à nos chers collègues un bon séjour en Tunisie.

 
Vient de paraitre aux publications de la Fondation
 
ISBN 978-9973-32-095-7
Séminaires de la mémoire nationale et histoire du temps présent
(Tome VIII)
 
Mouvement Syndical
et nationalisme dans le parcours
d'Abdelaziz Bouraoui (1944-1988)
 
 
Elaboré et préfacé par
Prof. Emérite Abdeljelil TEMIMI
 
 
Publications de la Fondation Temimi pour la Recherche Scientifique et l'Information Tunis, Septembre 2009
 

TABLE DES MATIERES

 

 

 
 
9
- Temimi, Abdeljelil. - Une nouvelle lecture du parcours de l’UGTT à la lumière des témoignages du feu Abdelaziz Bouraoui …………………………………
 
37
Premier séminaire :
- De la création de l’UGTT jusqu’à son 4éme congrès .……....
 
69
Deuxième séminaire :
- Retour de l’UGTT au début des années cinquante …………
 
83
Troisième séminaire :
- L’UGTT au sein de l’Etat National 1955-1970 ……………..
 
107
Quatrième séminaire :
- Les années 70 et les événements du 26 Janvier 1978 …….
 
 
137
Cinquième séminaire :
- Le jugement des syndicalistes à la suite des événements du Janvier 1978 et les élections de 1981 ………………………
 
 
169
Sixième séminaire :
- L’enlèvement de l’exception sur Achour et l’éloignement de l’activité syndicale 1981-1988…………………….…………...…
 
203
Septième séminaire :
- Le premier anniversaire de la mort d'Abdelaziz Bouraoui ..
227
- Index des noms de personnes et collectivités ………………..
235
- Index des lieux géographiques  ……………….......................
237
-Publications de la Fondation …………………………………...

 
 
9
- Temimi, Abdeljelil. - Une nouvelle lecture du parcours de l’UGTT à la lumière des témoignages du feu Abdelaziz Bouraoui …………………………………
 
37
Premier séminaire :
- De la création de l’UGTT jusqu’à son 4éme congrès .……....
 
69
Deuxième séminaire :
- Retour de l’UGTT au début des années cinquante …………
 
83
Troisième séminaire :
- L’UGTT au sein de l’Etat National 1955-1970 ……………..
 
107
Quatrième séminaire :
- Les années 70 et les événements du 26 Janvier 1978 …….
 
 
137
Cinquième séminaire :
- Le jugement des syndicalistes à la suite des événements du Janvier 1978 et les élections de 1981 ………………………
 
 
169
Sixième séminaire :
- L’enlèvement de l’exception sur Achour et l’éloignement de l’activité syndicale 1981-1988…………………….…………...…
 
203
Septième séminaire :
- Le premier anniversaire de la mort d'Abdelaziz Bouraoui ..
227
- Index des noms de personnes et collectivités ………………..
235
- Index des lieux géographiques  ……………….......................
237
-Publications de la Fondation …………………………………...
 
Vient de paraître :
 

Le cinquantenaire de l’Université tunisienne : Témoignages de quelques Doyens et directeurs
Tome VII


Sous la direction du
Prof. Emérite Abdeljelil TEMIMI

 
LE CINQUANTENAIRE DE LA CREATION DE L’UNIVERSITE TUNISIENNE : LES TEMOIGNAGES DE QUELQUES DOYENS, DIRECTEURS ET UNIVERSITAIRES
 




Prof. Abdeljelil TEMIMI


Je ne pensais pas préparer un ouvrage à l’occasion du cinquantenaire de la création de l’université tunisienne. Cela ne fait pas partie de mes responsabilités directes même si j’en ai été l’un des professeurs. Cette responsabilité incombe au Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche Scientifique et de la Technologie, qui supervise l’université tunisienne et qui a fini par prendre cette initiative il y a seulement quelques mois. J’ai alors remarqué que la préparation n’a pas été faite suivant les règles scientifiques puisque les véritables acteurs de l’université ont été éclipsés et n’ont été invités à donner des conférences que certains proches de la direction.
Vu que j’organise le forum de la mémoire nationale depuis neuf années, invitant plus de 250 personnalités tunisiennes, hommes politiques, syndicalistes, hommes de culture, d’arts et de théâtre, hommes de différents courants de pensée perspectivistes, nationalistes arabes, baathistes, communistes,… etc, à venir livrer leurs témoignages, je me suis rendu compte que de nombreuses autres institutions méritaient que l’on s’arrête sur leur histoire, telles que l’UGET ou encore l’Université qui a alors constitué la réalisation la plus importante de l’époque de l’indépendance. Elle représente l’un des défis que durent affronter les hommes d’Etat afin de former les compétences nationales nécessaires au pays. Il m’a donc semblé indispensable d’ouvrir le dossier de l’université tunisienne et d’inviter ses premiers pionniers qui ont assumé cette lourde responsabilité et dont les apports sont très peu connus par la nouvelle génération d’universitaires.
J’ai donc commencé à inviter les véritables pionniers de l’université tunisienne de différentes spécialités : sciences, droit, médecine, architecture, sciences humaines et sociales, agriculture… J’aimerais insister sur le fait que tous les doyens et directeurs à qui nous avons demandé de témoigner au sein de la Fondation, ont accepté de venir nous parler des circonstances de la création de l’université tunisienne, des difficultés rencontrées pour son fonctionnement, juridiques, administratives ou financières.
Sont venus témoigner au forum de la mémoire nationale :
Prof. Ali Hili, doyen de la faculté des sciences ;
Prof. Amor Chadhli, doyen de la faculté de médecine ;
Prof. Sadok Belaïd, doyen de la faculté de droit ;
Prof. Ahmed Marrakchi, directeur de l’Ecole Nationale d’Ingénieurs de Tunis ;
Prof. Taoufik Bachrouch, doyen de la faculté des sciences humaines et sociales ;
Prof. Monji Chamli et Habib Janhani, de la faculté des sciences humaines et sociales ;
Prof. Ali Mahjoubi, doyen de la faculté des sciences humaines et sociales ;
Prof. Mustapha Filali et Mohamed Belhadj Amor, de l’école d’agriculture ;
Prof. Saaddedine Zmerli, de la faculté de médecine ;
Prof. Mohamed Habib Hila : Faculté de théologie (la Zitouna).
L’enregistrement de ces témoignes s’est étalé sur quatre années en présence d’une élite d’universitaires de diverses spécialités qui a contribué à enrichir les témoignages à travers ses interventions. J’aimerais ici préciser que les débats exceptionnels qui ont eu lieu étaient réellement constructifs. C’est ce qui explique que j’ai pris la décision de les publier dans leur intégralité en tant qu’annexe de chaque témoignage. J’ai également conservé la langue d’intervention d’origine, qu’il s’agisse de l’arabe ou du français.
Je pense qu’il est inacceptable que la première génération de bâtisseurs de l’université tunisienne soit écartée ( ). Le Ministère aurait dû, à l’occasion du cinquantenaire de la création de l’université tunisienne, inviter tous ceux qui ont directement participé à sa mise en place, sans considération des appartenances politiques ou idéologiques des acteurs. Il serait plus fructueux de cesser de fonctionner selon une logique de clientélisme ou de sensibilité personnelle ou partisane.
Est-il logique d’éclipser les professeurs Amor Chadhli, Sadok Belaïd, Ali Hili, Ahmed Marrakchi, Monji Chamli, Habib Janhani, Taoufik Bachrouch, Ali Mahjoubi et Saaddedine Zmerli alors que certains d’entre eux comptent réellement parmi les fondateurs de l’université et que d’autres ont contribué à son rayonnement en faisant de multiples sacrifices pour défendre ce précieux acquis de l’indépendance politique de notre pays ? Grâce à une vision futuriste, ils ont en effet œuvré à faire accepter l’indépendance administrative de l’université, son fonctionnement selon les règles démocratiques et la participation des forces actives de toutes les tendances politiques, y compris l’élection d’étudiants au sein des structures et conseils scientifiques élus démocratiquement.
Le cinquantenaire de la création de l’université doit être un but scientifique et académique par excellence afin de montrer les réalisations des premiers pionniers et non une œuvre politicienne ayant pour but de mettre en avant les côtés positifs uniquement. De pareils comportements peuvent nuire à la réputation des universitaires qui rêvaient d’une université modèle et avant-gardiste depuis l’indépendance.
Nous avons écouté les témoignages de professeurs de la première génération, prenant conscience de la nature des défis qu’ils ont eu à affronter, leurs réalisations et également les causes de leurs échecs. Nous allons nous arrêter sur les étapes et les dossiers les plus importants qui ont suscité, pour la première fois, d’amples et constructifs débats, ce qui nous a permis de constituer une base de données très précieuse, composée d’une infime partie de leurs souvenirs de professeurs universitaires.
La situation générale avant l’indépendance :
Si nous parlons de la situation générale de l’enseignement supérieur en Tunisie avant et après l’indépendance, il faut évoquer deux institutions : l’université de la Zitouna et l’Institut des Hautes Etudes dépendant de l’université française.
L’enseignement au sein de la première ne répondait plus aux normes éducatives. Trop traditionnel, il n’était pas adapté à l’évolution des sciences modernes. Aucune réforme de fond ne pouvait y être appliquée. C’est pour cette raison que les responsables de l’après indépendance la condamnèrent à une mort lente mais définitive.
La deuxième institution, créée en 1945, était rattachée à l’université parisienne et soumise aux lois françaises pour la nomination des professeurs. Il en allait de même pour l’école d’agriculture, dominée par des Français car elle servait prioritairement les intérêts des colons. L’Institut des Hautes Etudes comprenait au départ les spécialités suivantes : le droit, les sciences, les lettres, les études philosophiques. Y enseignaient alors des professeurs de renom tels que Raymond Barre, René Chapsus, Jean Chatelain, Maurice Verdier, P. Marthelot. Les Français étaient alors les seuls à enseigner et ont formé les pionniers de la future université tunisienne qui gardent de très bons souvenirs du rôle joué par cet institut dans leur formation universitaire et leurs différentes spécialités. Après l’obtention de l’indépendance, en 1960 précisément, il a été décidé de créer l’université tunisienne suivant le décret 60/98 du 30 mars 1960, qui constitue la date officielle de la création de l’université tunisienne, création accompagnée de grandes difficultés vu la politique suivie alors par le ministre de l’Education qui a mis de sérieuses entraves à son lancement.
Selon le témoignage de la première génération d’universitaires, ils auraient œuvré à faire de l’université le premier projet national en « tunisifiant » les cadres, les méthodes et la législation parce que ce projet a été l’une des faces du combat pour l’indépendance, une réponse spontanée aux besoins locaux de l’élite éclairée du pays. Malheureusement, faisait alors défaut à feu Mahmoud Messaadi, ministre de l’Education de l’époque et brillant écrivain, une conception visionnaire de ce projet avant-gardiste. Il mit de nombreux obstacles à son lancement en refusant catégoriquement l’envoi de missions tunisiennes aux universités et écoles supérieures spécialisées françaises afin de former les cadres tunisiens. Il manifesta également une grande réserve face aux diplômes non français des universités de Grande-Bretagne ou des Etats-Unis. Quant aux diplômes du Moyen-Orient, il leur voua un profond mépris et malmena leurs détenteurs tunisiens. Il en vint même à se considérer, grâce à son diplôme d’agrégation en langue arabe, le seul architecte capable de lancer l’université tunisienne. Il fixa des contraintes administratives strictes pour le recrutement comme celui d’obtenir au préalable l’agrégation, ce qui suffisait à bloquer l’accès à la jeune université et à limiter la « tunisification » effective. Son bureau et son cabinet étaient les lieux du pouvoir et ses décisions n’étaient jamais revues. C’est ce qui conduit inévitablement à freiner le démarrage des institutions universitaires, toutes spécialités confondues.
Le plus drôle, c’est que Messaadi, orgueilleux, refusait tout dialogue et pensait savoir mieux que quiconque les orientations que l’Etat doit adopter vis-à-vis de l’université. C’est dans ce cadre que nous devons comprendre son mépris pour les Zitouniens qu’il considérait, en effet, comme étant en dehors de l’histoire et des normes nouvelles d’éducation et de recherche. Ceci explique pourquoi il a été considéré comme l’ordonnateur de la mort de l’institution de la Zitouna, approuvée par les autorités politiques, notamment par le président Habib Bourguiba en personne. Tous croyaient alors que cette institution éducative ne pouvait être réformée ni former une nouvelle génération moderne, maîtrisant le français pour suivre les derniers développements de l’enseignement et de la recherche.
L’équation changea radicalement au moment où Ahmed Ben Salah prit la tête du ministère de l’Education. Il adopta une nouvelle façon de faire, en prenant notamment la décision d’envoyer des dizaines de Tunisiens se former à l’étranger. En tant que ministre, il croyait aux vertus du dialogue et adoptait l’avis le plus approprié sur les questions. Il croyait également au rôle que la Tunisie pouvait jouer et a même rêvé à un projet de création de nouvelles universités tunisiennes dont l’une porterait le nom de la Zitouna et qui serait ouverte aux sciences modernes. Il prit dans ce sens plusieurs dispositions législatives telles que la création du poste de directeur de l’enseignement supérieur, la régularisation de la situation des diplômés ailleurs qu’en France et surtout une aide active apportée aux Zitouniens combattus par le régime bourguibien à tous les niveaux. Il leur accorda effectivement la place qui sied à des diplômés de cette institution historique qui a assuré le rayonnement de la Tunisie pendant des siècles.
Une nouvelle législation spécifique à l’université tunisienne a été adoptée faisant la place à l’efficacité de la gestion et aux compétences pour assumer les hautes responsabilités de l’université. Elle redonna également sa place à la recherche scientifique. Le travail accompli par Ahmed Ben Salah a réellement représenté une nouvelle attitude, différente de celle des politiciens opportunistes. Elle prenait en considération l’intérêt général, une gestion raisonnée des questions posées. Toutes les initiatives, positives et négatives, prises par Ahmed Ben Salah ont été balayées par ses successeurs à commencer par Ahmed Noureddine, Chadhli Ayari, Mohamed Mzali et Driss Guiga. Il s’agit là d’un autre dossier compliqué qui mériterait que l’on s’y arrête longuement pour en étudier les mécanismes et les retombées directes.
A partir de ce changement structurel de l’université tunisienne, la réflexion s’orienta vers l’adoption d’une législation visant à codifier l’attribution des diplômes universitaires puisque aucun texte n’existait avant 1971. Les universitaires ont alors entamé la construction matérielle des facultés et la résolution de problèmes administratifs et financiers. Certains pays ont contribué aux opérations tels que les Etats-Unis, l’Union soviétique, la Suisse puis la France plus tardivement à cause des relations tendues avec la Tunisie à cette période. De nombreuses institutions universitaires ont été construites et les premiers doyens et directeurs ont été les véritables acteurs de la construction des universités tunisiennes parce qu’ils leur ont beaucoup sacrifié. Parmi eux, citons Mokhtar Laatiri, Ali Hili, Ahmed Marrakchi, Omar Chadhli, Sadok Belaïd, Chadhli Ayari, Mongi Ben Hmida, Mohamed Talbi, Ahmed Abdesselem, Abdelkader Mhiri et bien d’autres, représentant la cellule active et pleinement consciente de la délicatesse de sa responsabilité. Ces noms brillants avaient même plus de pouvoir que le ministre lui-même de par leurs prérogatives, leur influence et leur totale autonomie de gestion de leurs institutions selon les lois. Mon expérience personnelle de gestion de l’ISD de l'Université de Tunis à cette époque, au moment où M. Abdelaziz Ben Dhia dirigeait le Ministère de l’Enseignement Supérieur, en est un exemple. La gestion fut en effet difficile car nous en arrivions au heurt direct. Je cite cet exemple afin de défendre, dans le futur, la bonne gestion qui refuse la logique de l’allégeance et l’obéissance aux ordres aléatoires et absurdes alors que je me considérais, de par la loi universitaire, le mieux à même de juger de l’intérêt général de la gestion de l’Institut. La situation a bien changé aujourd’hui puisque toutes les prérogatives des doyens et directeurs leur ont été soustraites et ils ne sont même plus aptes à recevoir une délégation universitaire étrangère sans l’accord du ministre ou de son cabinet. Là est le véritable danger.
Comme dans toute jeune université, un conflit opposa les forces conservatrices de l’Etat aux universitaires imprégnés des principes démocratiques et croyant en ses vertus. Le courant conservateur refusait l’indépendance de l’université et l’influence qu’y avaient la gauche ou les islamistes. Ce conflit entre l’universitaire et l’homme d’Etat persiste encore car ce dernier ne possède pas de regard critique sur l’université contrairement au premier dont la connaissance du terrain est réelle. Il refuse, entre autres, toute forme de politisation de l’université ou encore sa soumission au régime sécuritaire.
Une rupture a donc eu lieu entre les deux parties, conduisant à l’abandon de toute orientation démocratique lors des élections, à la poursuite d’universitaires de tendance libérale ou de gauche. Le dialogue entre toutes les parties a été rompu car ni le doyen, ni le président d’université, ni le directeur général ni le ministre n’était plus prêt à entamer un dialogue sur les mécanismes de la bonne gestion de l’université, tel que nous en a fait part Sadok Belaïd lors de son témoignage. Une crise de confiance s’est donc installée entre le pouvoir et une partie des universitaires. La preuve en est que le professeur Monji Chamli, que l’on ne peut qualifier d’homme de gauche, a été obligé de cesser la parution de sa revue el Tajdid, non sur ordre direct du pouvoir mais parce qu’il ne supportait plus les allers-retours quotidiens au poste de police pour être interrogé sur l’équipe de rédaction qui comprenait alors un nombre de gauchistes importants, cibles de campagnes d’arrestation perpétrées par les milices du parti, en arrivant même à de terribles persécutions telles que celles subies par les professeurs Zouheir Essafi et Salah Garmadi, alors éminentes figures dans leurs spécialités. Globalement, l’ambiance universitaire durant les 40 dernières années se caractérisa par le contrôle de la vision sécuritaire. Malgré cela, persistait une certaine forme de liberté de dialogue entre toutes les parties, comme le précisa M. Sadok Belaïd « Nous nous disputions, avions des différends mais nous parvenions finalement à trouver un accord et des solutions dans le respect du principe du dialogue entamé », ceci à l’époque où les facultés de sciences, d’économie, de médecine, de lettres et des sciences humaines s’étaient transformées en lieux modèles de formation universitaire et des milliers d’étudiants en sont sortis diplômés.
Un mot que nous consacrons à la faculté des sciences humaines et sociales qui a réellement été le premier noyau de l’université, qualifiée par le doyen Ali Mahjoubi de « Sorbonne de la Tunisie ». Certains principes y ont été respectés tels que la tolérance, la liberté de pensée et de critique, l’ouverture, le respect de la citoyenneté et la jeune génération a été formée à la pratique démocratique et à l’engagement nationaliste, loin de toute démagogie ou de rhétorique partisane. Cette faculté a réellement été un lieu avant-gardiste de la pensée et de la politique grâce au rôle qu’elle joua dans la lutte politique, culturelle et syndicaliste. La contribution de ses enseignants était d’ailleurs centrée sur le renouvellement de la pensée aux niveaux local, maghrébin et international, considérant que cette faculté a été le laboratoire de la pensée moderne dans notre pays.

 
 

Il serait impossible d’évoquer les réalisations de la première génération d’universitaires dans toutes les spécialités, ce qui nécessiterait de s’arrêter sur chaque spécialité. Il serait souhaitable par exemple que chaque faculté mette en place une base de données sur ses professeurs et leur production scientifique tout au long de leur carrière, calquant le travail d’une thèse de doctorat d’Etat qui a été entrepris par le Dr. Wahid Gdoura : La recherche scientifique et l’information en Tunisie : la production scientifique des chercheurs en sciences humaines et sociales (1956-1987), travail que j’ai supervisé à la faculté de sciences humaines et sociales. Il comprend 3 volumes qui totalisent 1400 pages et a nécessité plus de dix ans de recherche pour rassembler la matière documentaire que ce soit aux archives des ministères concernés, aux archives nationales et à travers différents contacts et entretiens avec les acteurs. Cette thèse est à mon avis le plus important travail d’évaluation de la production du savoir de la majorité des universitaires tunisiens en lettres et sciences humaines et sociales depuis l’indépendance jusqu’en 1987. Les universitaires arabes devraient d’ailleurs s’en inspirer puisque le chercheur a réussi à mettre au point une base de données qui comprend la production des universitaires tunisiens dans diverses spécialités et a pu, de ce fait, tirer des conclusions importantes ( ).
****
L’université tunisienne a eu des expériences positives et négatives. Nous ne pouvons ici évaluer son long parcours, qu’il s’agisse du système d’enseignement, des mécanismes de la recherche scientifique et de ses conséquences, les recrutements et promotions dans de nombreuses spécialités qui se faisaient en fonction du bon vouloir des ministres de tutelle dont certains se permettaient de recruter directement des candidats et d’en informer le doyen, sans constitution des dossiers administratifs des candidats concernés. Il serait également difficile d’entreprendre des vérifications financières vu la sensibilité du dossier et ses diverses retombées. L’évaluation scientifique n’a pas eu lieu alors qu’il aurait été bénéfique de créer une structure scientifique et administrative qui assumait cette tâche. Le ministère de l’Enseignement supérieur n’aurait-il pas intérêt à créer une structure scientifique qui aurait pour rôle la constitution d’une base de données sur le rôle de nombreux universitaires, l’enregistrement de leurs témoignages sur leurs parcours professionnels, l’intégralité de leurs travaux universitaires publiés et manuscrits et la mise au point d’un site web en plusieurs langues qui deviendrait une référence pour les chercheurs locaux et internationaux ainsi que pour les générations futures ? Il faut également savoir que certains universitaires n’ont pas eu de production ou très peu et que d’autres, tel que le professeur Saadeddine Zmerli, ont obtenu des Doctorats Honoris Causa en reconnaissance de leur rôle scientifique. L’histoire de l’université tunisienne n’a pas encore été écrite. C’est pour cette raison que j’ai entrepris de récolter les témoignages de quelques doyens, directeurs et enseignants. Je n'ai pas évoqué le dossier de l'arabisation qui a connu et connaît encore de vifs débats à tous les niveaux, non plus que le dossier de la recherche scientifique, qui nécessite l'organisation de plus d'un séminaire. Je relève simplement que la recherche scientifique durant les quarante dernières années s’est « émiettée » puisqu’il existe entre 120 et 130 institutions universitaires sans qu’aucune coordination scientifique n’organise leurs activités alors qu’il aurait été plus fructueux que le ministère de tutelle adopte une politique intelligente. Dans ce cadre, rappelons le sort malheureux réservé à l’Institut National de la Recherche Scientifique, dirigé alors par feu Ezzedine Makhlouf qui n'a, selon le témoignage de M. Ali Hili, rien produit mais a dépensé des sommes d’argent colossales destinées au développement de la recherche scientifique. M. Ali Hili a rappelé également le fait que la FNRS a eu une période glorieuse, intégrant un nombre de jeunes chercheurs de diverses spécialités. Mais les « jalousies » ont fini par en avoir raison, signant la fin de cette réalisation scientifique.
***
J’ai abordé certaines problématiques et questions évoquées par les professeurs dans leurs témoignages. Que tous, ministère et universitaires de différents bords intellectuels, savourent le contenu de ces précieux témoignages et en tirent les leçons nécessaires. A ma connaissance, aucune institution universitaire et aucun ministère maghrébin ou arabe n’a encore réussi à récolter les témoignages de ses professeurs universitaires qui ont donné le meilleur d’eux-mêmes afin de consolider leurs institutions et défendre ce précieux acquis. Je voudrais donc aujourd’hui chaleureusement remercier les professeurs qui nous ont accordé leur confiance et nous ont confié une partie de leur parcours universitaire. Nous dédions à notre tour cette réalisation sur le cinquantenaire de l’université tunisienne à tout universitaire tunisien, maghrébin et arabe, invitant tout le monde à s’arrêter à ces témoignages et surtout aux débats constructifs qui les ont suivi.

Tunis le 08/07/2009 Prof. Abdeljelil TEMIMI

 
 
TABLE DES MATIERES
 
 
1- Partie française
 
7
- Prof. Abdeljelil Temimi. - Le cinquantenaire de l’Université tunisienne : Les témoignages de quelques doyens, directeurs et universitaires
 
Institutions universitaires :
 
17
- Faculté des sciences, avec le Prof. Ali Al-Hili
47
- Faculté des sciences, avec le Prof. Omar Chadhl
 
83
- L’Ecole nationale des Ingénieurs de Tunis, avec le Prof. Ahmed Marrakchi
 
99
- L’Institut Supérieur de Documentation, avec le Prof. Abdeljelil Temimi
 
Témoignages personnels :
 
105
- Saadeddine Zmerli
 
137
- Ahmed Jdey
149
- Abdeljelil Temimi
157
- Index des noms de personnes et collectivités ...................
161
- Index des lieux géographiques
163

- Publications de la Fondation

 
Partie arabe
7
- Prof. Abdeljelil Temimi. - Le cinquantenaire de l’Université tunisienne : Les témoignages de quelques doyens, directeurs et universitaires
 
Institutions universitaires :
19
- Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Tunis, avec MM. Monji Chemli et Habib Jenhani
37
- Faculté du Droit, avec le Prof. Sadok Belaïd
69
- L’Université de la Zitouna, avec le Prof. Habib al-Hila ....
 
117
- L’Institut National d’Agronomie de Tunis, avec MM. Mohamed Belhadj Omar et Mustapha Filali
139
- L’Institut Supérieur de Documentation, avec le Prof. Abdeljelil Temimi
 
Témoignages personnels :
147
- Ali Mahjoubi
183
- Abdeljelil Temimi
191
- Taoufik Bachrouch
231
- Index des noms de personnes et collectivités
237
- Index des lieux géographiques
241

- Publications de la Fondation

 
Activités de la Fondation : 1 – Séminaires et tribunes de discussions :
 


- 04 juillet 2009, Séminaire de la mémoire nationale avec M. Ahmed Ibn Mohamed Ibn Mbarik Ibn Nasir (plus connu sous le nom de Ahmed Tlisi )(1ère partie), autour de la résistance armée et de l’ambiance politique en Tunisie au début de l’indépendance
- 11 juillet 2009, Séminaire de la mémoire nationale avec M. Ahmed Tlisi (2ème partie) autour de : - l’assassinat de Mokhtar Atiyya ; le rôle de la commission exécutive du Destour dans la résistance ; le rôle de Hassan Ayyadi dans les assassinats ; le rôle des avocats dans la bataille de libération en Tunisie et en Algérie
- 01er août 2009, séminaire avec les militants si Abdessattar Hani et Mokhtar Hammami
- 8 août 2009, séminaire avec M. Mohamed Bouali sur son parcours de militant
- 19 septembre 2009, Séminaire de la mémoire nationale avec Prof. Sadok Belaid, sur le contenu de sa dernière rencontre avec l’ex Premier Ministre Hédi Nouira.
- 26 septembre 2009, Séminaire de la mémoire nationale avec Docteur Seddik Jeddi sur : Expérience et parcours d’un Prof. spécialiste à l’hôpital El Razzi (1977-1992)
- 03 octobre 2009, Séminaire de la mémoire nationale avec le Doyen Sadok Belaid sur son expérience avec feu Mohamed Charfi sur Projet de la réforme universitaire orientation et difficultés.
Séminaire de la mémoire internationale avec Son Excellence l’Ambassadeur de Liban en Tunisie sur : « les relations américo-syriennes à travers les documents diplomatiques 1945-1957»
- Séminaire sur Rôle de Sousse dans le mouvement National avec Hedhili Chaouachi
- Séminaire sur Rôle de Monastir dans le mouvement National avec Ahmed Kallala et Abdallah Bechir
- Séminaires sur feu Hédi Nouira, sur Rôle du Sport dans le mouvement National avec M. Ahmed Ben Arfa sur le discours de Bourguiba à Jéricho ; séminaire avec M. Mustapha Khayati en tant que perspectiviste


-Les publications :
Durant les trois derniers mois, la Fondation a publié les titres suivants :
1- Revue d’Histoire Maghrébine n° 135, 228 p. en arabe et 221 p. en français mars 2009. ISSN 0330-8987
2- Revue d’Histoire Maghrébine n° 136, 224 p en arabe et 161 p. en français. juillet 2009
3- Prof. Abdeljelil Temimi, Etudes sur l'histoire ottomane au Maghreb au XVIe siècle, juin 2009. 301 p. Tunis, juin 2009
4- Même ouvrage en arabe, 335 p. Tunis, juin 2009
5- Le cinquantenaire de l’Université tunisienne : Témoignages de quelques doyens et directeurs, Juillet 2009. 410p ; ISBN 978-9973-32-094-0

 
3- Congrès déjà organisés durant les derniers mois :
 


Durant les derniers mois, nous avons organisé le congrès suivant :
20.21.22.23 mai 2009 : 14e Congrès international d’études morisco-andalouses sur : Le 4e centenaire de l’expulsion des morisques d’Andalousie (1609-2009) (ci-joint son rapport final) :
«Sur invitation de la Fondation Temimi pour la Recherche scientifique et l’information et le Comité International d’Etudes morisques (CIEM), s’est tenu du 20 au 22 mai 2009, le XIVe congrès international d’études morisques sur :
Le 4e centenaire de l’expulsion des Morisques d’Andalousie (1609-2009).
Lors de la séance d’ouverture, ont été présentées les allocutions des professeurs Abdeljelil Temimi, Louis Cardaillac, Luce Lopez Baralt ainsi que celle de S.E. le Premier ministre M. Hédi Baccouche, et ce en présence de S.E. l’ Ambassadeur de Malte, des représentants du commissariat général des la Jamahiriya arabe libyenne à Tunis, de la Ligue des Etats arabes à Tunis et de l’Association de l’Appel Islamique de Libye, en plus de nombre de personnalités politiques, juristes, avocats, journalistes, ainsi que 72 chercheurs venus des pays suivants : Algérie, Allemagne, Chili, Egypte, Espagne, Etats Unis, France, Inde, Japon, Libye, Maroc, Mexique, Porto-Rico et Tunisie.
Pendant les onze séances scientifiques du congrès, 38 communications ont été présentées par des chercheurs appartenant à deux générations de moriscologues, celle des fondateurs dont les professeurs Louis Cardaillac et Luce Lopez Baralt, et celle des jeunes chercheurs qui ont eu l’occasion de rencontrer la première génération et donner des approches objectives sur l’expulsion des Morisques de l’Andalousie. En fait, ces derniers ont connu une tragédie causée par l’Inquisition, ce qui constitue une page sombre de l’histoire de l’Espagne à l’époque moderne. Les approches ont été objectives et non politisées, alors que quelques chercheurs occidentaux refusent tout dialogue et n’utilisent même pas le mot tragédie, cependant les corpus littéraires des poètes et écrivains andalous et européens nous ont décrit des épopées et des témoignages sur l’atrocité de ce drame.
Dans son allocution, M. Hédi Baccouche, ancien Premier ministre, a considéré cette tragédie comme étant la plus grande tragédie humaine vécue et par les Morisques et par les Juifs, et ce sous le prétexte de sauvegarder l’unité religieuse et politique de l’Espagne. Quant au Prof. Cardaillac, il a évoqué ce qu’il appelle la cause morisque, celle de gens persécutés pour leur foi religieuse, mais également parce qu’ils avaient une civilisation, une langue et des traditions différentes ; ainsi cette cause reflète la non-reconnaissance du droit à la différence. On est ainsi appelé à être sincère en défendant les valeurs humaines, ce qui nécessite courage moral, probité et objectivité.
Les participants ont exprimé leur entière satisfaction quant aux nouvelles approches et problématiques relatives à la recherche en histoire morisque soulevées pendant les trois journées du congrès.
Les chercheurs et les historiens spécialisés qui se sont consacrés à l’étude des manuscrits et des documents inédits, sont déterminés à traiter le dossier de l’expulsion tout en demandant aux hautes autorités espagnoles de reconnaître ce drame. Les clauses de l’Alliance des civilisations et des cultures signée par l’Espagne et la Turquie sont contraires au refus catégorique des autorités espagnoles de reconnaître ce drame et de s’en excuser. Nous sommes sûrs que cette reconnaissance viendra un jour. Le monde arabe et musulman, à travers ses différentes organisations, est appelé à sauvegarder la mémoire morisque, à considérer cette tragédie comme étant une tragédie humaine et d’élever des monuments commémoratifs dans les villes arabes et musulmanes sur lesquels seront inscrits les noms des centaines de Morisques qui ont été conduits au bûcher pour y être brûlés vifs. Et ce pour ne pas les oublier sous prétexte de ne pas embarrasser l’Espagne. Le monde d’aujourd’hui insiste sur l’alliance des civilisations et la reconnaissance des erreurs du passé.
Le congrès s’est caractérisé par un dialogue profond et une atmosphère d’intimité entre tous les chercheurs ; de nouvelles approches y ont été données ; on y relève principalement de nouvelles études sur la présence morisque en Amérique Latine. C’est ainsi que les participants recommandent pour thème du prochain congrès ce qui suit:
Les retombées de la présence morisque en Amérique Latine : Etat et perspectives d’avenir
et qui pourrait avoir lieu au mois de mai 2011.
Par ailleurs, les participants ont discuté sur la dynamisation du Comité International d’Etudes morisques ; ils se sont mis d’accord sur son rôle futur dans la programmation de publications et de traductions de nombreuses études de l’espagnol en arabe et vice versa.
Dans ce cadre, le projet annoncé par le Prof. Temimi sur la création d’un Centre International d’Etudes et de Traductions Morisques a été bien accueilli ; il vient à temps pour donner plus d’intérêt à ce domaine de recherche.
Les participants remercient tous ceux qui ont contribué de près ou de loin à la réussite de ce congrès, surtout en assurant la traduction simultanée et en offrant un dîner gala en l’honneur des participants. Ils expriment leur regret quant à la non coordination entre la Ftersi et les hautes autorités espagnoles qui ont encouragé des rencontres parallèles à ce congrès dont la dernière s’est tenue trois jours avant la nôtre.
Les participants demandent au Prof. Temimi de continuer ses efforts scientifiques au service de la vérité historique. Ci-après la composition du bureau du Comité International d’Etudes Morisques :
-Prof. Louis Cardaillac, Président d’honneur (Université de Mexico) ;
-Prof. Abdeljelil Temimi, Président (Université de Tunis-FTERSI) ;
- Prof. Ridha Mami (Université de la Manouba)
-Prof. Luce Lopez-Baralt, Secrétaire générale (Université de Porto-Rico) ;
-Dr. Ahmed Abi-Ayed, membre (Université d’Oran-Algérie) ;
-Prof. Gamal Abderrahman, membre (Université d’El-Azhar-Le Caire) ;
-Prof. Fadwa Heziti, membre (Université de Casablanca-Maroc) ;
-Prof. Maria Tereza Narvaez, membre (Université de Porto-Rico) ;
-Le bureau est ouvert à deux autres membres dont un espagnol et un français »

 
Vient de paraître
 



Etudes sur l'histoire ottomane au Maghreb  au XVIe siècle

Prof. Emérite Abdeljelil TEMIMI


Publications de la Fondation Temimi pour la Recherche Scientifique et l'Information
Tunis, Mai 2009
***
MUHIMME DEFTERI : UNE SOURCE DOCUMENTAIRE INEDITE SUR LE MAGHREB OTTOMAN AU XVIe SIECLE

Les études publiées dans cet ouvrage ont paru, il y a quelques années, dans la Revue d’Histoire Maghrébine (RHM) et l’Arab Historical Review for Ottoman Studies (AHROS). Nous nous y sommes référés à 300 firmans ottomans du fonds des muhimme defteri des archives de la Présidence du Conseil d’Istanbul. En fait, nous avions sous la main ces documents depuis 43 ans, mais nous ne les avons pas utilisés pour nos recherches sur l’époque ottomane pour plusieurs raisons, la plus importante étant que nous nous intéressions à d’autres dossiers de recherche. Des collègues nous ont encouragé à les publier eu égard aux nouvelles informations sur les trois régences maghrébines pendant la deuxième moitié du XVIe siècle.
Convaincu de l’importance de ces firmans, nous avons projeté de les mettre à la portée des chercheurs. Ainsi, nous publions aujourd’hui cinq études, dont trois portent sur l’ottomanisation des trois régences du Maghreb : Alger, Tunis et Tripoli pendant la deuxième moitié du XVIe siècle. Nous publions également deux autres recherches, les plus récentes : la première est intitulée "L'expédition ottomane de Tunis en 1574 à travers des illustrations en couleur" et la deuxième "Points de repères économiques sur le Maghreb ottoman à l'époque moderne (XVIIe – XVIIIe – XIXe siècle".
Pour que le lecteur ait une idée de notre intérêt pour la recherche ottomane, nous avons évoqué dans la première étude les conditions dans lesquelles nous avons travaillé sur les muhimme defteri, à considérer, à juste titre, comme un outil indispensable pour étudier la deuxième moitié du XVIe siècle. Nombre de problématiques relatives à ces régences y ont été traitées et surtout l’expédition ottomane de Tunis qui commença au printemps de 1574 pour s’achever au mois de septembre, avec de multiples illustrations en couleur tirées d’un manuscrit de la bibliothèque universitaire d’Istanbul.
Nous avons évoqué de nombreux sujets revêtant un intérêt historique tels que le corps des Janissaires, les prisonniers, les expulsés et leurs lieux d’installation, l’affranchissement des esclaves, les minorités et leurs influences, le rôle des institutions politiques et religieuses, les conflits sociaux entre Janissaires et raïs, leurs attitudes contradictoires face au pouvoir central ottoman à Istanbul, le rôle des oulémas et la dualité de leur attitude et de leur discours politico-religieux, les luttes internes qui traduisent la nature de la coexistence entre Malikites et Hanéfites.
Les firmans nous ont permis de traiter dans notre deuxième étude d’autres problématiques telles que la propriété foncière et le système de zaamet et timar dans la régence de Tunis. La troisième étude porte sur le dossier des entités administratives des régences du Maghreb et des relations entres elles car le pouvoir central décidait du rattachement ou non de territoires aux trois régences maghrébines. Grâce aux muhimme defteri, nous avons pu constater que la gestion administrative des débuts fut souvent confuse et contradictoire.
Dans la quatrième étude, nous évoquons le dessinateur principal de la Cour ottomane, Nakkas Osman Pacha qui a accompagné l’expédition de Tunis pour nous laisser des illustrations en couleur, source de données sur les étendards, les armes, les navires, les plans de citadelles, les lignes sur les fronts, les défenses, les uniformes des chefs militaires, des soldats et les vêtements des hommes religieux. Ces fines illustrations ont été dessinées dans l’atelier de la Cour ottomane. Nous nous sommes penchés sur seize d’entre elles, en essayant de dégager quelques remarques préalables, en attendant des études spécialisées que mèneraient des spécialistes ottomanistes.
La cinquième étude traite des activités et des conditions économiques, de la situation dans les campagnes, du rôle des souks intérieurs et hebdomadaires dans les échanges économiques entre les différentes régions ainsi que des impôts exigés par les systèmes militaires en place.
* * *
Nous avons ajouté comme appendice aux trois premières études, des documents des muhimme defteri, sans nous arrêter sur le contexte géopolitique, économique ou social de chaque firman. Aux historiens et chercheurs, et surtout à la nouvelle génération, de faire parler ces nouveaux textes qui nécessitent d’ailleurs la formation de groupes de recherche dans les centres et les universités algériennes, tunisiennes et libyennes. En fait, la recherche historique individuelle est aujourd’hui dépassée. Que les historiens ottomanistes arabes conjuguent leurs efforts pour orienter la recherche historique et lui octroyer la place qu’elle mérite sur la scène internationale, laquelle a connu pendant les trois dernières décades, de profondes mutations, fruit des nouvelles orientations de la recherche historique.
* * *
La publication de cet ouvrage en deux volumes, en français et arabe, s’est fait avec le concours d’une banque dynamique, l’Arab Tunisian Bank (ATB) dont le PDG, M. Férid Ben Tenfous, s’est distingué par son intérêt pour le savoir et la culture tunisienne. Je rends ici hommage à l’ATB pour le concours apporté aux activités de notre Fondation, afin de promouvoir la recherche historique dans notre pays, en espérant que les hommes d’affaires et des finances prennent conscience de l’enjeu de la culture et du savoir dans le rayonnement de la Tunisie aux échelles maghrébine, arabe et internationale.

TABLE DES MATIERES

Pages

7 - Muhimme Defteri : une source documentaire inédite sur le Maghreb Ottoman au XVIe siècle
Première étude :

13 - L’ottomanisation des régences d’Alger, de Tunis et de Tripoli à la lumière des Muhimme Defteri (1559-1595)
Deuxième étude :

77 - La propriété foncière et le système des Timar et Zaamat dans la régence ottomane de Tunis (1574-1588)
Troisième étude :

91 - Entités administratives et géo-politiques des régences ottomanes d'Alger, de Tunis et de Tripoli (1557-1588)
Quatrième étude :
109 - L'expédition ottomane de Tunis en 1574 à travers des illustrations en couleur
Cinquième étude :

135 - Points de repère économique sur le Maghreb ottoman à l'époque moderne (XVIIe – XVIIIe – XIXe Siècles) ……….
Partie Documents :
145 - Annexes de la première étude
259 - Annexes de la deuxième étude
273 - Annexes de la troisième étude
283 - Spécimen des quelques firmans de Muhimme Defteri
289 - Index des noms de personnes et collectivités
292 - Index des lieux géographiques
295 - Bibliographie en français et en arabe

- Pour toute information et commande, s'adresser au nouveau siège de la Fondation : Immeuble Imtiyaz - Centre Urbain Nord A 25 – 1003 Tunis

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XIVe Congrès international d’études morisco-andalouses sur :
 

Le 4e centenaire de l’expulsion des morisques d’Andalousie (1609-2009)
Hôtel El-Mouradi - Gammarth : 20 - 23 mai 2009.


* * *


QUAND LE MONDE ARABO-MUSULMAN PRETERA-T-IL ATTENTION
A LA TRAGEDIE MORISQUE ?

Prof. Abdeljelil Temimi
Nous avons réussi à organiser 13 congrès internationaux sur les études morisques où 600 textes ont été publiés, principalement en espagnol mais également en français et en arabe. Des dizaines de chercheurs maghrébins et internationaux de la nouvelle génération ont tenu à y participer, ce qui prouve l’intérêt nouveau dont bénéficie cette spécialité au niveau mondial. Afin de perpétuer cette tradition scientifique, nous avons adressé depuis le mois de mai 2007, au nom de notre Fondation et du Comité International d’Etudes Morisques, une invitation pour participer au quatorzième congrès que nous avons décidé d’organiser pour commémorer le quatrième centenaire de l’expulsion des Morisques d’Andalousie (1609-2009).
De nombreux chercheurs ont répondu favorablement à notre appel, unis dans le souci d’approfondir la connaissance de cette problématique historique encore insuffisamment traitée, surtout à la lumière des nouvelles découvertes d’archives et de manuscrits européens, arabes et ottomans ; unis également dans le souci de trouver des créneaux de dialogue et de partenariat scientifique avec les différents chercheurs internationaux.
Nous ne pouvons que remercier ces chercheurs pour le soutien renouvelé qu’ils nous manifestent depuis 25 ans, contrairement à un autre groupe de chercheurs occidentaux qui ont planifié la tenue d’un congrès parallèle à Grenade trois jours avant le nôtre. Je pense que ce comportement ne sert ni la transparence ni le partenariat scientifique euro-arabe !
La moriscologie, en tant que spécialité, nécessite la création de dizaines de laboratoires de recherche en Espagne, dans les deux Amériques et dans le monde arabe. Nous relevons l’émergence de nombreux chercheurs venant d’espaces nouveaux tels que l’Inde, le Japon, le Pakistan et d’autres pays qui commencent à s’intéresser à ce champ de recherche. Notre congrès portera sur la tragédie morisque dont l’origine n’est autre que la terrible politique de l’Inquisition. Cette dernière a œuvré à complètement estomper la mémoire andalouse. A partir d’une prise de position scientifique, nous avons adressé depuis des années plusieurs courriers à Sa Majesté le Roi Juan Carlos d’Espagne, le priant de bien vouloir prendre en considération notre nouvelle sollicitation de revoir la position face à la tragédie des Morisques. Sa Majesté a eu la bienveillance de nous répondre tout récemment. J’ai alors compris que les autorités espagnoles étaient conscientes de la problématique de notre sollicitation d’adopter une prise de position nouvelle.
Suite au courrier de sa Majesté le roi d’Espagne, nous espérions beaucoup, ces dernières semaines, qu’un haut responsable espagnol honore notre congrès international de sa présence afin d’adresser un message qui assure à tous que l’Espagne d’aujourd’hui n’est pas celle d’hier et que l’héritage légué par la civilisation andalouse, présent avec force sur son sol à travers les différents monuments réalisés au long de huit siècles de présence arabo-musulmane, est une fierté pour toute l’humanité. Si les événements du passé ont voulu que la décision de l’expulsion forcée et massive des Morisques de leur pays, l’Andalousie soit prise, nous continuons de penser que l’Espagne d’aujourd’hui, qui croit à l’alliance des civilisations, est tout à fait capable de prendre la décision de reconnaître la tragédie qui a touché les Morisques. Ceci est une dette de civilisation que nous persisterons à réclamer. C’est ce qui nous a poussé à adresser ce message à tous les dirigeants, organismes et centres du monde arabo-musulman ; continuer à ignorer ce dossier porte préjudice à la civilisation andalouse que nous avons oubliée durant quatre siècles. Nos dirigeants, centres et organismes n’ont adopté aucune position qui serait susceptible de sauver l’héritage andalou de l’oubli et qui fait honneur à tous. Le souvenir de l’ancien Secrétaire Général de l’Organisation de la Conférence Islamique, feu Habib al-Chatti, est toujours présent, lui qui avait, à l’époque, soutenu notre démarche par respect et fidélité envers l’histoire andalouse. Il avait tenu à assister personnellement à l’un de nos congrès scientifiques, faisant l’éloge de l’histoire andalouse et invitant à continuer à la revivifier aux niveaux arabe et musulman. Ceci était son message que nous avons diffusé et qui n’a pas été suivi par ses successeurs, lesquels, malgré nos nombreuses invitations, n’ont pas daigné nous répondre, ce qui est réellement regrettable. Y a-t-il aujourd’hui entendeur de ce nouvel appel ?
Je dois rendre hommage à tous les participants de ce congrès international qui nous honorent par leur participation et par leur soutien scientifique. Je voudrais également remercier monsieur le Premier Ministre Hédi Baccouche pour la bienveillance avec laquelle il a accepté de prendre part à la séance d’inauguration. Qu’il soit assuré de notre reconnaissance.
La Tunisie continuera d’adopter sa magnifique politique de tolérance, dont elle fit preuve en accueillant cent mille Morisques (oui, cent mille Morisques au début du 17ème siècle !) auxquels elle fournit un cadre légal. Nous saisissons cette occasion pour affirmer notre engagement à vivifier la mémoire andalouse. Notre Fondation continuera à mener ce combat malgré la démission de tous et l’indifférence de tous face à ce dossier. L’histoire sera témoin.
Tunis, le 22/04/2009 Prof. Abdeljelil Temimi
***

 
Rapport final du 14 congrès d’études morisques
 

Sur invitation de la Fondation Temimi pour la Recherche scientifique et l’information et le Comité International d’Etudes morisques (CIEM), s’est tenu du 20 au 22 mai 2009, le XIVe congrès international d’études morisques sur :
Le 4e centenaire de l’expulsion des Morisques d’Andalousie (1609-2009).
Lors de la séance d’ouverture, ont été présentées les allocutions des professeurs Abdeljelil Temimi, Louis Cardaillac, Luce Lopez Baralt ainsi que celle de S.E. le Premier ministre M. Hédi Baccouche, et ce en présence de S.E. l’ Ambassadeur de Malte, des représentants du commissariat général des la Jamahiriya arabe libyenne à Tunis, de la Ligue des Etats arabes à Tunis et de l’Association de l’Appel Islamique de Libye, en plus de nombre de personnalités politiques, juristes, avocats, journalistes, ainsi que 72 chercheurs venus des pays suivants : Algérie, Allemagne, Chili, Egypte, Espagne, Etats Unis, France, Inde, Japon, Libye, Maroc, Mexique, Porto-Rico et Tunisie.
Pendant les onze séances scientifiques du congrès, 38 communications ont été présentées par des chercheurs appartenant à deux générations de moriscologues, celle des fondateurs dont les professeurs Louis Cardaillac et Luce Lopez Baralt, et celle des jeunes chercheurs qui ont eu l’occasion de rencontrer la première génération et donner des approches objectives sur l’expulsion des Morisques de l’Andalousie. En fait, ces derniers ont connu une tragédie causée par l’Inquisition, ce qui constitue une page sombre de l’histoire de l’Espagne à l’époque moderne. Les approches ont été objectives et non politisées, alors que quelques chercheurs occidentaux refusent tout dialogue et n’utilisent même pas le mot tragédie, cependant les corpus littéraires des poètes et écrivains andalous et européens nous ont décrit des épopées et des témoignages sur l’atrocité de ce drame.
Dans son allocution, M. Hédi Baccouche, ancien Premier ministre, a considéré cette tragédie comme étant la plus grande tragédie humaine vécue et par les Morisques et par les Juifs, et ce sous le prétexte de sauvegarder l’unité religieuse et politique de l’Espagne. Quant au Prof. Cardaillac, il a évoqué ce qu’il appelle la cause morisque, celle de gens persécutés pour leur foi religieuse, mais également parce qu’ils avaient une civilisation, une langue et des traditions différentes ; ainsi cette cause reflète la non-reconnaissance du droit à la différence. On est ainsi appelé à être sincère en défendant les valeurs humaines, ce qui nécessite courage moral, probité et objectivité.
Les participants ont exprimé leur entière satisfaction quant aux nouvelles approches et problématiques relatives à la recherche en histoire morisque soulevées pendant les trois journées du congrès.
Les chercheurs et les historiens spécialisés qui se sont consacrés à l’étude des manuscrits et des documents inédits, sont déterminés à traiter le dossier de l’expulsion tout en demandant aux hautes autorités espagnoles de reconnaître ce drame. Les clauses de l’Alliance des civilisations et des cultures signée par l’Espagne et la Turquie sont contraires au refus catégorique des autorités espagnoles de reconnaître ce drame et de s’en excuser. Nous sommes sûrs que cette reconnaissance viendra un jour. Le monde arabe et musulman, à travers ses différentes organisations, est appelé à sauvegarder la mémoire morisque, à considérer cette tragédie comme étant une tragédie humaine et d’élever des monuments commémoratifs dans les villes arabes et musulmanes sur lesquels seront inscrits les noms des centaines de Morisques qui ont été conduits au bûcher pour y être brûlés vifs. Et ce pour ne pas les oublier sous prétexte de ne pas embarrasser l’Espagne. Le monde d’aujourd’hui insiste sur l’alliance des civilisations et la reconnaissance des erreurs du passé.
Le congrès s’est caractérisé par un dialogue profond et une atmosphère d’intimité entre tous les chercheurs ; de nouvelles approches y ont été données ; on y relève principalement de nouvelles études sur la présence morisque en Amérique Latine. C’est ainsi que les participants recommandent pour thème du prochain congrès ce qui suit:
Les retombées de la présence morisque en Amérique Latine : Etat et perspectives d’avenir
et qui pourrait avoir lieu au mois de mai 2011.
Par ailleurs, les participants ont discuté sur la dynamisation du Comité International d’Etudes morisques ; ils se sont mis d’accord sur son rôle futur dans la programmation de publications et de traductions de nombreuses études de l’espagnol en arabe et vice versa.
Dans ce cadre, le projet annoncé par le Prof. Temimi sur la création d’un Centre International d’Etudes et de Traductions Morisques a été bien accueilli ; il vient à temps pour donner plus d’intérêt à ce domaine de recherche.
Les participants remercient tous ceux qui ont contribué de près ou de loin à la réussite de ce congrès, surtout en assurant la traduction simultanée et en offrant un dîner gala en l’honneur des participants. Ils expriment leur regret quant à la non coordination entre la Ftersi et les hautes autorités espagnoles qui ont encouragé des rencontres parallèles à ce congrès dont la dernière s’est tenue trois jours avant la nôtre.
Les participants demandent au Prof. Temimi de continuer ses efforts scientifiques au service de la vérité historique. Ci-après la composition du bureau du Comité International d’Etudes Morisques :
-Prof. Louis Cardaillac, Président d’honneur (Université de Mexico) ;
-Prof. Abdeljelil Temimi, Président (Université de Tunis-FTERSI) ;
- Prof. Ridha Mami (Université de la Manouba)
-Prof. Luce Lopez-Baralt, Secrétaire générale (Université de Porto-Rico) ;
-Ahmed Abi-Ayed, membre (Université d’Oran-Algérie) ;
-Prof. Gamal Abderrahman, membre (Université d’El-Azhar-Le Caire) ;
-Prof. Fadwa Heziti, membre (Université de Casablanca-Maroc) ;
-Prof. Maria Tereza Narvaez, membre (Université de Porto-Rico) ;
-Le bureau est ouvert à deux autres membres dont un espagnol et un français.

 
Discours du Professeur Abdeljelil Temimi
 


Excellence M. le Premier Ministre, Hédi Baccouche,
Prof. Louis Cardaillac
Prof. Luce Lopez Baralt
Chers invités,
Mesdames, messieurs
Je vous invite tout d’abord à observer une minute de silence et de recueillement en hommage à deux éminents savants espagnols à savoir les professeurs Mikel de Epalza et Gil Rodolfo Grimau qui ont rendu de grands services à la moriscologie.
* * *
Nous avons entamé cette série de congrès scientifiques sur les Morisques en 1983 ; depuis, nous organisons régulièrement tous les deux ans avec la participation d’éminents moriscologues internationaux un congrès dont les actes sont considérés comme des acquis scientifiques d’importance. Dans ce cadre, nous avons donné à l’Espagne la place qu’elle mérite dans la dialectique du patrimoine arabo andalou ; en effet, ce qui lie l’Espagne au monde arabe et musulman est précisément ce patrimoine civilisationnel de l’Andalousie, l’Andalousie de la concordance et de l’harmonie sociale, de la tolérance interethnique et interreligieuse, de la science, du savoir, de la rationalité et de la créativité dans tous les domaines.
Notre actuel congrès que nous tenons à l’occasion du quatrième centenaire de l’expulsion des Morisques de l’Andalousie (1609-2009) s’insère dans le cadre de notre intérêt scientifique pour ce dossier. D’après les études publiées jusqu’aujourd’hui, les expulsés morisques qui ont vécu ce drame, se sont dispersés, leurs droits ont été bafoués, leur dignité humaine également ; ils ont résisté pour défendre leur identité et leur appartenance civilisationnelle contre les politiques de l’Inquisition qui a tant fait pour les traquer, en ayant recours à la torture, à l’autodafé, à la confiscation de leurs biens, à l’annulation de leur patrimoine intellectuel, civilisationnel et culturel ; leurs mosquées, leurs écoles et leurs universités ont été converties en églises et édifices publics ; les promesses des rois catholiques n’ont pas été respectées. La politique d’épuration pratiquée par l’Inquisition contre les Morisques a réussi ; c’est un drame qui a touché la nation morisco-andalouse.
A l’égard de ce drame, l’histoire émanant des corpus littéraires des anciens poètes et écrivains andalous et européens nous décrit des épopées et des témoignages sur l’atrocité de ce drame ; ce qui explique l’intérêt des centaines de chercheurs espagnols, arabes, européens, américains et autres pour cette histoire à travers leurs écrits littéraires et œuvres artistiques et dramatiques. Les tableaux exposés aux musées nationaux d’Espagne sont un témoin de l’atrocité de ce drame. Les cinéastes espagnols ont produit des longs et courts métrages sur le drame vécu par les Morisques ; nous n’avons qu’à leur rendre hommage pour ces initiatives courageuses, alors que les cinéastes arabes et musulmans sont malheureusement absents.
L’Andalousie a donné à l’Espagne d’aujourd’hui le privilège de signer l’Alliance des civilisations avec la Turquie ; approuvée par les Nations Unies, cette alliance est une référence morale et de dialogue à l’échelle internationale. C’est la raison pour laquelle nous avons adressé un appel aux autorités espagnoles, pour la reconnaissance du drame vécu par les Morisques et ce en conformité avec cette alliance civilisationnelle. Nous croyons que le silence des hautes autorités espagnoles à cet appel lancé depuis 18 ans, est contraire aux articles de l’alliance des civilisations signée par l’Espagne et la Turquie. A cet égard, nous ne cessons de réclamer à l’Espagne la reconnaissance du drame provoqué par l’Inquisition contre les Morisques, et ce jusqu’à ce que le roi Philippe III ait pris la décision de les expulser définitivement, décision dont nous demandons la condamnation.
Ce 14e congrès qui réunit une pléiade de moriscologues internationaux et maghrébins traitera nombre de problématiques de recherche dans le cadre du respect mutuel, du dialogue scientifique constructif, de l’amitié et de la transparence. Depuis un quart de siècle, des traditions de recherches ont été mises en place quant à l’histoire morisco-andalouse.
Par ailleurs, la moriscologie a enregistré des développements certains en attirant une nouvelle génération de chercheurs internationaux, qui ont utilisé des manuscrits et des documents espagnols, européens, arabes et ottomans puisés dans différentes archives voire même des bibliothèques d’Amérique Latine ; en effet, ces chercheurs croient en la communication scientifique, sans aucune domination de la part d’un groupe de chercheurs ni le mépris des réalisations effectuées par des spécialistes non-européens. Il faut tirer l’enseignement des réalisations menées à l’Université de Porto-Rico dans le cadre du laboratoire scientifique dirigé par l’éminente Prof. Luce Lopez Baralt qui travaille avec un groupe de chercheurs enthousiastes sur la littérature aljamiado ; c’est un excellent exemple de réalisation scientifique au service de la vérité historique sans aucun complexe.
Il est communément reconnu que la Tunisie s’est montrée tolérante et généreuse en accueillant cent mille réfugiés morisques après leur expulsion forcée en 1609. Le Maroc, l’Algérie, l’Empire ottoman et nombre de villes de la Méditerranée ont accueilli bon nombre d’expulsés Morisques. La Tunisie de la tolérance est honorée par votre présence, cette Fondation scientifique autonome en est fière. Espérons le plein succès dans nos dialogues sur le patrimoine morisque et la communauté morisque résistante.
Mes remerciements vont à tous ceux qui nous ont encouragé et aidé pour surmonter les difficultés de tout genre que nous avons rencontrées à cause de notre position et de nos convictions. Nous continuons notre message dans la transparence en défendant la mémoire morisque.
Mes remerciements à vous M. le Premier Ministre pour votre participation à cette séance inaugurale, ce qui constitue un appui très précieux.
Merci à tous les chercheurs qui nous font confiance depuis trente ans, leur présence en nombre assez important aujourd’hui témoigne de leur appui pour notre fondation au service de l’histoire et de la littérature morisques, malgré la tenue, il y a trois jours seulement, d’un congrès parallèle à Grenade avec la contribution des différentes autorités espagnoles officielles, ce qui constitue un dossier à ne pas soulever ici. A vous chers collègues mes sincères hommages pour votre présence et votre soutien.

 
Allocution de M. Hédi Baccouche Ancien Premier ministre
 

C’est un grand plaisir d’assister au congrès international d’études morisques auquel participe une pléiade d’éminents chercheurs de beaucoup de pays pour célébrer le quatrième centenaire de l’expulsion des Morisques.
Je remercie mon frère et ami Abdeljelil Temimi, fondateur et président de la Fondation Temimi qui m’a invité à ce congrès en me donnant la parole en tant que citoyen tunisien qui a assumé de hautes responsabilités étatiques et s’intéressant aux travaux des intellectuels qui aident à la compréhension de ce qui s’est passé et se passe actuellement dans le monde, ce qui aide à se préparer à l’avenir.
Pour la 14e fois, la Fondation Temimi pour la Recherche Scientifique et l’Information réussit à organiser un congrès international pour débattre de l’une des plus grandes tragédies humaines, et ce grâce aux efforts déployés par les responsables et à leur persévérance.
Je vous en félicite tout en souhaitant le plein succès à ce travail de recherche sur le drame vécu par les Morisques au début du 17e siècle. Les objectifs sont scientifiques mais peut-être y en a–t-il d’autres dont essentiellement : faire connaître ce drame et en tirer les leçons pour éviter un tel sort. C’est une erreur de ne pas faire état des grandes tragédies humaines et des grands crimes commis par l’homme contre son frère ; c’est grave de les oublier ou de faire semblant de les oublier.
Si, après deux guerres mondiales dévastatrices, l’Humanité a mis en place des organismes et conçu des méthodes qui ont réussi à nous éviter pendant 60 ans une troisième guerre mondiale, elle a échoué à faire éviter des guerres civiles plus dangereuses que les guerres inter-étatiques quant à la destruction collective, sans pitié, et inconcevable, que des Etats puissants exercent contre des minorités impuissantes. Ces crimes contre l’Humanité sont inconcevables, la conscience n’en est pas tranquille ; je vous rappelle les cinq cas suivants :
-1er cas : Près de cinq millions de victimes, des Juifs d’Allemagne et d’Europe ont été exterminés par le nazisme et ce pour mettre fin au problème juif ; les Arabes ont payé et payent encore cher ce crime.
-2e cas : Au Rwanda, le gouvernement, soutenu par les Hutus, a exterminé pendant cent jours en 1994, huit cent mille Tutsis.
-3e cas : En ex-Yougoslavie, les Serbes ont traité méchamment les Musulmans bosniaques ; ils ont commis un massacre à Srebrenica en tuant des centaines d’innocents.
-4e cas : En Palestine et surtout à Gaza, on a d’un côté, une armée des plus puissantes au monde du point de vue organisation et équipement et de l’autre un peuple affaibli souffrant de l’exode, de la famine et de la pauvreté.
-5e cas : Au Sri Lanka, le gouvernement traque la minorité tamoule pour l’exterminer.
En ce qui concerne la tragédie morisque survenue il y a quatre siècles, c’est l’une des grandes tragédies dans l’histoire de l’Humanité. Ses victimes étaient des Musulmans et des Juifs qui ont été forcés à la conversion. Mais les autorités n’ont pas cru à la sincérité de leur conversion ; elles mettaient en doute leur allégeance et craignaient toute manœuvre de leur part. Pour garder l’unité religieuse catholique et protéger l’unité politique d’Espagne, Philippe III a pris, en 1609, la décision de les expulser sans retard. Le Père Aznar Cardona qui est loin d’être sympathisant avec les Morisques, nous laisse un témoignage très émouvant que je vous lis:
"Les malheureux partirent donc aux dates qui leur avaient été assignées par les officiers royaux, en processus désordonnés, ceux qui à pied avec ceux à cheval, avançant les uns et les autres, étouffés par la chaleur et les larmes, dans un grand vacarme de voix et de plaintes, ayant à leur charge leurs femmes et enfants, leurs malades, leurs personnes âgées, couverts de poussière, suant et haletant, les uns dans des charrettes, serrés entre leurs affaires de valeur et les autres sur des montures avec des inventions bizarres et dans des postures fort rustiques, sur les selles à dossier, sur des bâts, dans des cabas de sparte, ou sur des bâts réservés au transport de l’eau, entourés de besaces et autres sacs de vivres, de cruches, de paniers, de hardes, vêtements, chemises, pièces de toiles, manteaux, morceaux de chanvre, des pièces de lin et bien d’autres choses du même genre, chacun avec ce qu’il possédait. Les uns à pied rompus, mal vêtus, chaussés d’espadrilles, les autres leurs capes autour du cou, d’autres encore avec leurs petits fardeaux, d’autres enfin, avec leurs atours et autres paquets, tous saluaient ceux qui les regardaient ou qu’ils rencontraient et leur disaient : que le Seigneur vous garde.
Parmi les susdits sur les charrettes et les montures (le tout loué parce qu’ils ne pouvaient sortir et emmener que ce qu’ils pouvaient personnellement tels que leurs vêtements et l’argent des biens meubles qu’ils avaient vendus) sur lesquelles ils rejoignaient les frontières du royaume ; de temps en temps plusieurs femmes (de quelques riches maures) étaient transformées en véritable porte-bijoux tellement elles avaient de petits médaillons en argent sur la poitrine, accrochés autour des cous avec des colliers, des pendentifs d’oreilles ; des objets en corail ornés de mille manières et couleurs paraient leurs vêtements avec lesquels elles dissimulaient une partie de la douleur du cœur. Les autres qui en rien ne leur ressemblaient marchaient à pied, fatigués, souffrants, perdus, tristes, confus, honteux, en colère, souillés, enragés, désabusés, assoiffés et affamés…".
La plupart des Morisques qui ont réussi à échapper au danger, ont débarqué sur les côtes maghrébines, au sud de la France, en Toscane, cent mille ont trouvé refuge en Tunisie, ils se sont installés dans différentes régions. La Tunisie les accueillait tout en leur ouvrant les bras ; Othman Dey éprouvait de la tendresse pour eux. Sidi Salah Aboul-Ghaith Al-Qachech défendait et facilitait leur installation.
La Tunisie a tiré profit de leurs connaissances agricoles et artisanales, alors que l’Espagne a connu un certain retard à cause de leur départ. Après un court passage à Livourne, les Juifs qui se sont installés en Tunisie, ont été encouragés par le gouverneur ; ils ont joui de la liberté de culte, comme ils étaient libres de former leurs conseils qui jouaient le rôle d’intermédiaire avec le pouvoir, supervisaient leurs lieux de culte, payaient leurs clergés, s’occupaient des pauvres et des malades et jugeaient leurs différends selon les lois rabbiniques.
L’attitude des Tunisiens à l’égard des Morisques, Musulmans et Juifs témoignent de leur ouverture, de leur tolérance et de leur capacité de vivre en paix avec toutes les religions et les cultures.
Ces traditions profondément ancrées ont été gardées et soutenues par le Président Zine el Abidine Ben Ali ; c’est dans ce cadre qu’il a créé la chaire du dialogue des civilisations en mettant à sa tête un éminent professeur, cette chaire accueille en Tunisie des hommes venus du monde entier pour diffuser la bonne parole et transmettre à l’étranger l’attitude de la Tunisie pour la tolérance et le dialogue des civilisations et des religions. C’est dans ce cadre que le pèlerinage annuel des Juifs à la Ghriba est bien accueilli par les Djerbiens et par les autorités d’où le nombre croissant de pèlerins venus du monde entier.
Je vous souhaite un bon séjour dans notre pays, et à votre congrès le plein succès.
Merci.

 
Discours du Prof. Louis Cardaillac
 


Depuis un quart de siècle, tous les deux ans, des dizaines de chercheurs se réunissent en Tunisie pour répondre à l'appel du Comité International d'Etudes Morisques (CIEM), relayé par la Fondation Temimi pour la Recherche Scientifique et l'Information.
Cette année 2009 est une année exceptionnelle à plusieurs titres. Nous célébrons le 4ème centenaire de l'expulsion des morisques, en même temps que les 25 ans de l'association. Autant dire qu'une deuxième génération de chercheurs est là maintenant parmi nous.
Comme je suis probablement le doyen des chercheurs, je crois être en effet le seul de l'assistance à avoir assisté au tout premier congrès fondateur des études morisques organisé à Oviedo (Espagne) en 1972, par le professeur Galmés de Fuentes, il me revient l'honneur et la responsabilité de m'exprimer ici, à cette tribune, à ce titre.
En premier lieu, je voudrais rendre un vibrant hommage à la personnalité tunisienne qui, au cours de ces 25 ans a été le créateur, l'animateur, la cheville ouvrière de ces rencontres. Le professeur Temimi, homme de foi et de culture, humaniste et éminent universitaire a su faire partager son enthousiasme pour la cause morisque.
Je dis bien la cause morisque et j'explique ce que j'entends par cette expression. Défendre la cause morisque, c'est donner la parole à ceux qui en furent privés au 16ème siècle, c'est défendre l'identité profonde de personnes qui furent privées des racines de leur terre et des ressources de leur foi.
En organisant ces congrès, le professeur Temimi nous a ouvert les yeux. Il nous a enseigné que l'histoire des morisques est celle de gens persécutés pour leur foi religieuse, que cette histoire est un des chapitres de l'histoire de Al-Andalus, le dernier et le plus douloureux. Il nous a aidés à désoccidentaliser l'histoire des morisques et nous a fait comprendre qu'elle est un des chapitres de l'histoire des peuples arabes.
J'ai compris cette vérité de base en assistant aux divers congrès de Tunis et aussi à un congrès en Arabie Saoudite, à Riyyadh. A Tunis et à Riyyadh, j'ai pu me rendre compte combien le souvenir de la période de Al-Andalus, de ses heures de gloire et de ses heures sombres, était présent dans l'imaginaire musulman.
Par ailleurs, le professeur Temimi nous a mis en contact avec les chercheurs du monde arabe, ouvrant ainsi nos horizons. Je tiens à rappeler qu'une des facettes de son activité est celle de traducteur et d'éditeur. En mettant à la disposition des uns et des autres les œuvres fondamentales de la moriscologie, il a réussi à supprimer ce qui était un obstacle au dialogue, la barrière de la langue.
Ce que j'apprécie particulièrement dans la mission que mène ici à Tunis le Professeur Temimi, c'est qu'il assume pleinement la responsabilité de ce devoir de mémoire, prolongeant en quelque sorte l'action des responsables politiques de l'époque qui accueillirent avec tant d'efficacité les expulsés.
L'historien qu'il est l'a conduit à avoir une perception aiguë de ce drame que fut l'expulsion et cela le conduit à un engagement profond pour que cette mémoire reste vivante et pour que soit enfin reconnue officiellement l'existence de cette tragédie.
Je crois pouvoir vous assurer, cher ami, que l'ensemble des participants au colloque approuvent vos initiatives et est derrière vous pour vous soutenir. La présence aujourd'hui de nombreux chercheurs venus de tous les horizons de la planète l'atteste, de même que celle des personnalité du monde politique, telle que l'ancien premier ministre, son excellence Monsieur Hédi Baccouche.
Et pour terminer, permettez-moi d'évoquer la mémoire d'amis et collègues récemment disparus qui ont contribué à maintenir vivant le souvenir de cette expulsion. Je pense particulièrement aux professeurs Galmès de Fuentes, déjà cité, à Maria Soledad Carrasco Urgoiti dont nous appréciions tous la grande culture et la finesse d'esprit, et à Mikel de Epalza, sans qui je ne serais pas ici aujourd'hui. C'est lui qui a été mon initiateur en histoire morisque, et lui également qui m'a introduit dans la connaissance du passé tunisien et spécialement dans ses relations avec l'Espagne. J'évoque aujourd'hui avec émotion nos visites à la médina de Tunis et ses commentaires auprès de la tombe d'Abdallah Al-Turjman. Grâce à lui, je connus alors diverses familles qui s'honorent encore aujourd'hui d'être des morisques de notre temps.
Voilà, cher professeur, ce que je tenais à dire publiquement. J'ajouterai simplement un souhait. Que Dieu me permette de revenir, malgré la distance qui nous sépare, une fois encore à Tunis. Mais que ce soit pour célébrer à vos côtés la réalisation du projet qui vous tient à cœur, la reconnaissance officielle de la tragédie morisque par les plus hautes autorités espagnoles et les gouvernements des pays arabes. Je suis sûr que ce jour arrivera et qu'ensemble les uns et les autres nous aurons à cœur de perpétuer cette mémoire. Un jour, peut-être, Inchallah, s'élèvera à Tunis ou en un de ces lieux qui ont été glorifiés par la présence morisque, à Testour, à Zaghouan ou à Nabeul, un monument commémoratif à la fois des souffrances d'un peuple qui s'est refusé à perdre son identité et de l'accueil extraordinaire qu'il reçut en terre tunisienne.

 
Allocation de Prof Louis Cardaillac à la séance de clôture du congrès
 

Je suis heureux. Je prends la parole pour remercier Monsieur Temimi de l’organisation de ce congrès qui a été un congrès exceptionnel, et pour moi un congrès exceptionnel doit être de deux points de vue, scientifique d’abord, nous avons entendu des communications d’un très haut niveau, vraiment des choses exceptionnelles et qui permettent de faire un pas de plus dans la connaissance des Morisques.
Le second point de vue qui est relative à l’organisation du congrès en Tunisie. Nous avons tous vu l’accueil de la Tunisie qui a suivi ces colloques depuis le premier jusqu’à aujourd’hui, et dont le souvenir nous a émerveillé ces jours à Tunis.
Je prends quelque chose qui est propre à ces congrès, c’est l’ambiance de ce congrès, c’est aussi le thème morisque qui est pour chacun de nous un thème humain, un thème que nous vivons.
J’avais reçu tout récemment un e-mail d’un collègue marocain qui m’avait écouté au congrès de Grenade, je ne le connais pas, il me disait : cher professeur, après avoir suivi ce que vous avez dit et surtout la façon que vous avez eu de le dire, en vous écoutant je constate que vous vous mettiez dans la peau des Morisques.
Et je vous dirais à chacun de vous ; ce qui fait la spécificité de ces congrès de Tunis, c’est que pour nous ce n’est pas un problème abstrait, c’est quelque chose de réel et en vous écoutant, je vous dis la même chose je vous ai écouté les un et les autres, en disant vraiment, la spécificité de ce congrès de Tunis, nous nous mettons dans la peau des Morisques.
Et cette sympathie que nous avons pour le thème morisque je l’ai sentie à toutes les sessions et plus encore cet après midi. Si on applaudit Monsieur Temimi, on applaudit tous ces Morisques dont nous avons évoqué l’expulsion il y a 400 ans.
Je m’arrête là, je veux simplement vous dire je suis heureux de retrouver ici les amis que je n’ai pas vus depuis 20, 30 ans et de me faire de nouveaux amis et je vois une jeune génération qui monte des chercheurs de grande valeur.
Voilà ce que je tenais à vous dire, très simplement ; merci à vous tous.

 
Vient de paraître à la Fondation Temimi
 

Série 4 : Etudes d'Histoire morisque : N° 27

Le XIIIe Symposium International d’Etudes Morisques sur :

Organisent : Le XIIIème Symposium International d’Etudes Morisques sur :

Dimensiones ideológicas y culturales de los moriscos y las politícas de la inquisición

Etudes réunies par
Prof. Emérite Abdeljelil TEMIMI
Préface Prof. Luce LOPEZ BARALT


Publications de la Fondation Temimi pour la Recherche Scientifique et l'Information
Tunis, Avril 2009

TABLE DES MATIERES

1- Partie espagnole et française 

 - Luce López-Baralt. - “Y estos somos nosotros” : Lectura de las actas del XIII simposium internacional de estudios moriscos---- p11
- Abdeljelil Temimi. – Pour un partenariat de recherche scientifique d'Etudes Morisques ---- p21

- Discours du Prof. Temimi ---- p23

- Discurso del Profesor Temimi ---- p25

Etudes
- Al-Amiri, Hédia . - El original Árabe del tratado de Al-Tafrīc frente a sus dos versiones Aljamiadas 27
- Ansón Calvo, María del Carmen. - En los preliminares de su expulsión : Los moriscos en el auto de fe Zaragozano de 16 de Noviembre de 1609---- p 35
- Aouini, Mohamed.-. La Mentalidad inquisitorial : origenes, evolución y repercusiones---- p 79
- Bachrouch, Taoufik. - La question morisque en débat ---- p97
- Bel Hadj Ali, Chiraz. – La lengua árabe y los moriscos del exilio ---- p123

- Bouzid, Boutheina. –Les travaux de recherche sur l'architecture morisque, réalisés à l'Ecole Nationale d'Architecture et d'Urbanisme –Tunis ---- p133
- Castro Tirado, Verónica. - La Magia en la literatura Aljamiado-Morisca : una Metáfora contra la Reconquista ---- p149
- Fabre, Gilbert. - La lettre et l’esprit ou la survivance du manuscrit et sa signification dans les milieux morisques d’Aragon ---- p163
- García González, Sylma. - “El símbolo espiritual del trono divino en un fragmento de la Tafsira del Mancebo de Arévalo ---- p177
- Gozalbes Cravioto, Enrique. - En la desaparición de Mikel de Epalza : Los estudios españoles sobre los Moriscos en el norte de África ---- p191
- Lassel, Adriana. – Lucas, el morisco o el destino de un manuscrito encontrado ---- p199
- López-Baralt, Luce. - Túnez, capital de los estudios de Moriscología : de Abu Al-Gayth Al-Qachach a Abdeljelil Temimi ---- p203
- Rosario-Rivera, Medardo G. - El ars Moriendi Morisco : de los relatos hórridos de ultratumba a la muerte ejemplar de Mahoma ---- p211
- Roza Candás, Pablo & Suárez García, Raquel. -Léxico religioso islámico y cristiano en dos manuscritos aljamiados ---- p219
- Sagarzazu, María Elvira. – La Inquisicion frente al asunto de los moriscos españoles de los siglos XVI y XVII en America Latina y en otras partes ---- p249
- Salah, Mohamed Mounir. - La contribución Morisca en la Toponimía de la zona periferica de Argel. aclaraciones en Torno a la Transcripción ---- p265
- Shabou, Ines. – Los nuevos calcos semánticos en la literatura morisca" : El MNS 232 de la biblioteca pública de Toledo ---- p277
- Temimi, Abdeljelil. - Langue des derniers morisques et leur installation au Maghreb à la lumière de nouveaux textes et firmans ottomans ---- p287
- Turki, Mohamed. – Los moriscos y los profetas biblícos ---- p303
Quelques résumés de communications présentées au congrès :

- Garcia, Luz R. - La mora de Ubeda y Rabi’a Al-Adawiyya : el velo del mistrio de dos maestras espirituales ---- p329
- Lassel, Adriana. - Lucas, le morisque ou le destin d’un manuscrit retrouvé ---- p329
- Ramos Ortiz, Maite. - Cuando Isabel Era morisca : El travestismo cultura en desengaños amorosos de María de Zagas ---- p332
- Rapport final ---- p333
- Rapport final (en espagnol) ---- p337
- Index des noms de personnes et collectivités ---- p341
- Index des lieux géographiques ---- p 345
- Publications de la Fondation sur les études Morisques……---- p 349
2 -Partie arabe

- Luce López-Baralt. - “Y estos somos nosotros” : Lectura de las actas del XIII simposium internacional de estudios moriscos ---- p11
- Abdeljelil Temimi. – Pour un partenariat de recherche scientifique d'études Morisques ---- p21
- Allocution du Prof. Abdeljelil Temimi ---- p25
Etudes :
- Bramon, Dolors.- Aproximación a un estudio comparativo de la situación social y religiosa de las minorías morisca y judeoconversa en España ---- p27
- Temimi, Abdeljelil. - Langue des derniers morisques et leur installation au Maghreb à la lumière de nouveaux textes et firmans ottomans ---- p 35
- Sanjuan, J.G. – La documentación inquisitorial del Tribunal de Granada sobre los moriscos ---- p55
- Sanchez Blanco, R. Benitez. – Proyectos de aculturación y resistencia morisca en Valencia de Tomas de Villanueva a Juan de Ribera ---- p79
- Vilar, J.B. – Un Intento de aculturación de los granadinos en Murcia 93
- Cardaillac, Louis. – Le prophétisme, signe de l'identité morisque (traduit par A. Temimi) ---- p113

- López-Baralt, Luce. - Túnez, Capital de los estudios de Moriscología : de Abu Al-Gayth Al-Qachach a Abdeljelil Temimi ---- p125
- Narvaez, Maria. T. – Mas sobre la tafçira del Mencebo de Arévalo ---- p135
- Rapport final ---- p143
- Index des noms de personnes et collectivités ---- p147
- Index des lieux géographiques ---- p151
- Publications de la Fondation sur les études Morisques ---- p153

*****

POUR UN PARTENARIAT DE RECHERCHE SCIENTIFIQUE D'ETUDES MORISQUES



Prof. Abdeljelil TEMIMI

Nous avons entrepris, il y a 26 ans, d’organiser un colloque international tous les deux ans sur les études morisques et andalouses autour d’un sujet suggéré par les participants eux-mêmes. Nous ne pensions pas, à cette époque, que nous réussirions à organiser treize congrès à la réputation internationale solide, qui seront couronnés par la tenue d’un quatorzième congrès sur le quatrième centenaire de l’expulsion des Morisques d’Andalousie auquel 55 chercheurs vont assister, de la génération de pionniers tout autant que de la nouvelle génération de chercheurs. Tous espèrent contribuer, par leurs études, à susciter plus d’intérêt pour ce champ de recherche. Parmi les résultats les plus probants de ces rencontres, signalons la publication de leurs actes, constituant ainsi une base de données sur les études de moriscologie, puisque nous avons publié 600 études en espagnol, français et arabe.
Dans cet ordre, nous avons préparé les actes du treizième colloque, tenu en mai 2007, pour publication. Il a réuni des spécialistes maghrébins et internationaux qui nous ont fait parvenir leurs études incluses dans ce travail.
Sans entrer dans les détails des conclusions de ces travaux, la chercheuse Luce Lopez Baralt, sur notre invitation, a écrit la préface de cet ouvrage. Elle a appelé à construire une nouvelle méthodologie académique pour le futur où cette spécialité ne serait plus le monopole d’une seule minorité de chercheurs espagnoles mais serait plutôt basée sur un véritable partenariat scientifique entre les chercheurs occidentaux et ceux du monde arabo-musulman. Le développement de cette spécialité nécessite que de nouvelles approches soient trouvées utilisant les informations des archives et manuscrits espagnols, ainsi qu’arabes et ottomans, lesquels font défaut à nombre de travaux occidentaux jusqu’à aujourd’hui. Prenons l’invitation du professeur Luce en considération et posons les jalons d’un véritable partenariat scientifique d’où serait absent le comportement hautain qui a nui à certains chercheurs et historiens.
Dans ce cadre, j’aimerais remercier le prof. Luce d’avoir rédigé cette préface-événement et également d’avoir pris le soin de relire tous les textes espagnols en nous faisant part de ses remarques pertinentes. Nous tenons donc à lui exprimer nos remerciements chaleureux. Que les lecteurs prennent la peine de s’arrêter à cette préface historique afin qu’ils soient assurés que la science et la recherche ont leurs propres règles et leur méthodologie pour développer ce champ d’études, loin de l’arbitraire, de l’orgueil ou de la marginalisation des autres chercheurs, comme le prouve le travail accompli depuis le lancement de ces colloques spécialisés, supervisés par notre Fondation et le Comité International d’Etudes Morisques (C.I.E.M).
J’aimerais également remercier le Dr. Mounir Salah qui, sans aucune hésitation et en un temps record, a bien voulu traduire en arabe la préface du prof. Luce afin de servir le véritable dialogue scientifique pour lequel nous nous battons. Mes remerciements s’adressent également à l’ensemble des chercheurs qui ont répondu positivement à notre invitation à participer au XIIIème congrès et qui ont ensuite envoyé leurs textes pour publication dans cet ouvrage que la Fondation est fière de présenter.
Nous précisons simplement que toutes les recherches présentées lors du XIIIème congrès étaient en espagnol vu le peu d’intérêt accordé à cette spécialité dans le monde arabo-musulman. Nous y avons donc joint la traduction en arabe d’autres études présentées dans de précédents colloques, surtout celui sur « La religion et l’identité des Morisques », et ce dans le but de faire profiter les lecteurs arabophones des fruits des recherches effectuées par de grands spécialistes en la matière.

Tunis, le 14 avril 2009 Prof. Abdeljelil TEMIMI





 
Vient de paraître aux publications de la Fondation les ouvrages suivants :
 

Autocensure et censeurs entre le politique et le religieux dans les pays arabes :

ISBN 978-9973-32-086-5
416 p.

1- Partie française et anglaise 

- Prof. Abdeljelil Temimi. - La libéralisation de l’esprit Est le véritable futur enjeu de la nation arabe !  ;  p 9

 - Allocution du Prof. Abdeljelil Temimi à l’ouverture du 4e congrès ; p. 11

- Allocution du Prof. Abdeljelil Temimi à l’ouverture du 5e congrès ; p 15
- Allocution du Dr. Hardy Ostry au 4e congrès ; p 17
- Allocution du Dr. Hardy Ostry au 5e congrès  ; p 21

- Allocution du Prof. Ali Mahafza, au nom des participants au 4e congrès  ; p 23

- Allocution du Prof. Belkacem Boutayeb, au nom des participants au 5e congrès  ; p 25
Etudes :

- Bachrouch, Taoufik.- L’autocensure stade suprême de la censure  ; p 27

- Daum, Werner.- Les limites factuelles de la liberté de presse dans le monde occidental  ; p 41

- Hamli, Mohsen.- Suffer and Be Still : Aroussia Nalouti’s Woman in the Fifth Dimension  ; p 49

- Masmoudi, Mustapha.- Les fondements théoriques de la liberté d’opinion et les limites dans les actes de l’ONU  ; p 59
Résumés de quelques études publiées en arabe :

- Aleya Sghaier, Amira.- L’autocensure entre individu et société  ; p 73
- Ben Youssef, Adel.- Contrôle des correspondances des nationalistes tunisiens durant l’époque  coloniale : correspondances des élèves et des étudiants comme exemple ; p  74
- Hamli, Mohsen.- Discours et significations dans les versets sataniques  ; p 75

- Lakhmissi, Ibtissam Le champ religieux entre la censure politique et sociale  ; p 75
- Soltani, Lakhdar.- Religion et liberté  ; p 77
 ; p 79- Rapport final du 4e congrès
- Rapport final du 5e congrès  ; p 83
- Index des noms de personnes et collectivités  ; p 87
- Index des lieux géographiques  ; p 88
- Publications de la Fondation  ; p 89
2- Partie arabe 

- Prof. Abdeljelil Temimi. - La libéralisation de l’esprit Est le véritable futur enjeu de la nation arabe !  ; p 9
ACTES DU QUATRIEME CONGRES
- Allocution du Prof. Abdeljelil Temimi  ; p 13
- Allocution du Dr. Hardy Ostry  ; p 17
- Allocution du Prof. Ali Mahafza, au nom des participants ......  ; p 19
Etudes :

- Badawi, Fabiola.- La mondialisation et les institutions de la société civile dans le monde arabe : entre rêve et réalité ; p 21

- Bendouda Seguini, Malika.- Le religieux et la philosophie dans le cadre islamique  ; p. 31


- Ben Youssef, Adel.- Contrôle des correspondances des nationalistes tunisiens durant l’époque coloniale : correspondances des élèves et des étudiants comme exemple ...; p 37

- Lakhmissi, Ibtissam Le champ religieux entre la censure politique et sociale  ; p  63

- Sekkat, Hanane Les limites de l’audace journalistique : la censure pour protéger la vie intime de la famille royale .; p 77

- Lebbar, Mohamed La Ligue des Oulémas du Maroc : la censure au nom de la morale religieuse  ; p 87

- Mahafza, Ali.- La censure et les censeurs dans le monde arabe : motifs et conclusions  ; p 97

- Mlitan, Abdellah.- Approches sur les substituts et suggestions de résolution face à la Censure  ; p 111
- Nawar, Ibrahim.- Media and Censorship in the Arab World  ; p 125

- Hamli, Mohsen.- Discours et significations dans les versets sataniques  ; p 135
- Résumés de quelques études présentées au congrès ………….  ; p 175
- Débats du congrès  ; p 177
- Rapport final  ; p 233
ACTES DU CINQUIEME CONGRES
- Allocution du Prof. Abdeljelil Temimi  ; p 239
- Allocution du Dr. Hardy Ostry  ; p 241

- Allocution du Prof. Belkacem Boutayeb, au nom des participants  ; p 243
Etudes :
- El-Bouni, Afif.- Les censurés sont des victimes  ; p 245

- Eddik, Mahmoud Ahmed.- L’autocensure : Pratiques, formes et aspects  ; p . 263
- Charfi, Salwa.- A propos de la censure  ; p 269

- Chérif, Abdallah Mohamed.- La censure : formes et spécificités à travers la législation arabe  ; p 289

- Aleya Sghaier, Amira.- L’autocensure entre individu et société ; p 290

- Medjaoued, Mohamed.- La censure administrative et scientifique dans les universités algériennes  ; p 299
Résumés de quelques études présentées au congrès  ; p 307
- Rapport final  ; p 313
- Index des noms de personnes et collectivités  ; p 317
- Index des lieux géographiques  ; p 322
- Publications de la Fondation ; 325

 
 

Mélanges en l'honneur du Prof. Dr. Suraiya Faroqhi, Décembre 2008.
680p ; ISBN 978-9973-32-088-9

TABLE DES MATIERES


1-Partie anglaise et française

p11 - Prof. Abdeljelil Temimi.- Mélanges en l'honneur du Prof. Dr. Suraiya Faroqhi
p 17 - Curriculum Vitae du Prof. Suraya Farouqhi
p 23 - Publications Suraiya Faroqhi
p 41 - A Time for Stock-Taking
Etudes :
p 53 - Alkanderi, Faisal Abdulla. - Khadim Sulaiman Pasha (D 954 H/1547)
p 71 - Arel, Ayda.- Survivances et interactions culturelles dans le monde ottoman : Le cas de la ferme fortifiée à tour !
p 111 - Arnoulet, François.- Bernardino Drovetti et l’imbroglio turco-égyptien à la veille de l’expédition
p 117 - Blumi, Isa. - Failing the Empire : A Social History of the Late Ottoman Yemeni Borderlands
p 143 - Fleischer, Cornell H.- Of Gender and Servitude, Ca. 1520 : Two Petitions of the Kul Kizi of Bergama to Sultan Süleyman
p 153 -Ginio, Eyal.- Women, Domestic Violence and Breaking Silence : The Evidence of the Şeriat Court of Eighteenth-century Salonica
p 169 - Hathaway, Jane.- Representations of an Ottoman Chief Harem Eunuch : El-Hājj Beshir Agha (term 1717-46)
p 189 - Kirillina, Svetlana.- The Magic of the Holy land and Realities of the Ottoman Empire: Russian Pilgrims within the Borders of Islam and their Narratives from the Sixteenth and Eighteenth Centuries
p 219 - Kreiser, Klaus.- Denkmäler am Suez-Kanal : Von Ferdinand de Lesseps bis Fuad I
p 233 - Loualich, Fatiha. - La corporation des maçons : un outil d’expertise judiciaire à Alger au 17eme- 18eme siècle
p 247 - Louhichi, Soumaya.- Les rapports politiques et sociaux en Tunisie au XVIe siècle
p 287 - Ocak, Ahmet Yaşar.- Vie socio-religieuse dans les villes anatoliennes du XIIIe au XVIe siècles [Un coup d’œil général allant des Seldjoukides aux Ottomans]
p 317 - Seghiri, Ahmed. - L’histoire régionale de l’Algérie, l’exemple de la tribu des Telaghma
p 329 - Sroor, Musa.- Les juges et la privatisation des biens waqfs à Jérusalem au XIXe siècle
p 349 - Temimi, Abdeljelil.- Points de repère économique sur le Maghreb ottoman à l’époque moderne (XVIIe – XVIIIe – XIXe siècles)
- Résumés de quelques études publiées en arabe :
p 359 - Hammache, Khalifa.- Préjudices causés à la femme par le mari à Alger à l’époque ottomane

p 359 - Kreiser, Klaus.- Les monuments du Canal de Suez, de Ferdinand de Lesseps à Fu’ad Ier
p 361 - Maâchi, Jamila.- Intégration des Janissaires dans la société algérienne : Le cas de Constantine
p 362 - Omar, Youssef Hussein.- Stratford Canning and the Ottoman Empire 1848 – 1856
p 363 - Sroor, Moussa. - Judges and the Privatization of the Waqf Property in Jerusalem during the XIXe century
p 365 - Index des noms de personnes et collectivités
p 369 - Index des lieux géographiques
p 373 - Publications de la Fondation sur les études ottomanes …………
1- Partie arabe
p 11 - Prof. Abdeljelil Temimi.- Mélanges en l'honneur du Prof. Dr. Suraiya Faroqhi
Etudes :
p 17 - Temimi, Abdeljelil.- Points de repère économique sur le Maghreb ottoman à l'époque moderne (XVIIe – XVIIIe – XIXe siècles)
p 27 - Jarij, Ilyès.- Le mouvement de réforme de Beytrouth entre autocensure et censure ottomane (1908-1914)
p 57 - Hammache, Khalifa.- Préjudices causés à la femme par le mari à Alger à l’époque ottomane
p 79 - Hayali, Akram M.Y. & Hayali, Mohamed M.M.- Les anciens minbars de Mossoul à l’époque ottomane
p 113 - Saâdaoui, Brahim.- Les causes de la tension entre les "Turcs" d’Alger et les gouverneurs de Tunis à l’époque ottomane
p 153 - Omar, Youssef Hussein.- Stratford Canning and the Ottoman Empire 1848 – 1856
p 189 - Fazii, Monjia,.- Les conflits militaries à Damas (1660-1826)
p 221 - Maâchi, Jamila.- Intégration des Janissaires dans la société algérienne : Le cas de Constantine
p 255 - Bouchenafi, Mohamed.- Les transactions à Alger à l’époque ottomane d’après les registres des cours charaiques
p 265 - Ghattas, Aïcha. – Des caractéristiques de l'organisation professionnelle dans la ville d'Alger à l'époque ottomane
p 285 - Résumés de quelques études publiées dans la partie anglaise et française:
p 291 - Index des noms de personnes et collectivités
p 295 - Index des lieux géographiques
p 299 - Publications de la Fondation sur les études ottomanes


 
Discours du Prof Abdeljelil Temimi
 

MM. les Ambassadeurs arabes et internationaux accrédités en Tunisie,
Mr. le Prof M'hamed Abdullah El Zulfa,
Mr le Prof Abderraheem Abou Hussain
Chers invités,
Mesdames et Messieurs

Ce 13éme congrès d'études ottomanes s'insère dans une série de congrès spécialisés que nous avons lancée en 1981 en Tunisie sur l'histoire des provinces arabes à l'époque ottomane. Ces congrès ont traité respectivement la vie sociale, économique, et culturelle, la marine, les ports, la démographie, les villes, les minorités, la femme, les marginaux, et les enfants et bien d'autres dossiers; ce fut l'émergence d'une école d'histoire arabe spécialisée sur l'époque ottomane, qui bénéficie aujourd'hui d'une réputation incontournable, eu égard à son rôle novateur quant au processus de la connaissance historique. Il va de soi qu'une lecture analytique de l'état de la recherche en histoire ottomane depuis 1970, jusqu'aujourd'hui, nous emmène à constater l'évolution de la recherche menée avec rigueur, en se référant essentiellement aux différents dépôts d'archives turcs et arabes.
En particulier les documents habous/wakfs -ainsi que les sources européennes et qui furent mis en valeur pour des thèses de doctorats et de nombreux et autres travaux. L'interchange entre historiens arabes, au sein de notre Fondation depuis trente ans a permis des approches diverses révélatrices, en faisant appel à d'autres sciences auxiliaires comme l'approche statistique, l'anthropologie culturelle, la démographie, pour mieux comprendre et interpréter les mouvements sociaux dans les provinces arabes à l'époque ottomane.
En effet, la recherche historique s'oriente vers d'autres problématiques négligées il y a peu de temps, à travers les préoccupations des historiens arabes et occidentaux à la fois. Tous ces acquis ont influencé positivement l'avance de la recherche historique. L'image très négative du système ottoman dans les provinces arabes a fait monté l'opinion publique arabe contre les Turcos- ottomans accusés d'être derrière le retard du monde arabe, c'est ce qui se dégage encore dans les écrits et discours des politiciens, des journalistes arabes, tous mal informés de l'évolution de la recherche historique dans ce domaine.
Pourtant on enregistre une évolution sensible et des centaines de thèses universitaires et de travaux scientifiques ont été soutenus et publiés; ainsi les historiens arabes "ottomanistes" assument pleinement leurs devoirs, contrairement à d'autres historiens, Turcs et internationaux, qui négligent les différents travaux et les recherches arabes ; cela est dû aux facteurs égocentriques et hégémoniques qui sont derrière l'absence de dialogue régulier; ne généralisons pas, car des historiens européens ont contribué positivement à l'avance des études sur les provinces arabes, ce qui a légitimé, à nos yeux de préparer des mélanges pour leur rendre hommage.
Les dossiers de notre présent congrès à l'occasion du centenaire de la chute du Sultan Adulhamid II, sont très nombreux et bien compliqués, en commençant par les rôles des élites arabes à Istanbul, les réformes réalisées dans l'espace arabe et particulièrement dans Biled Escham et en Irak, puis les travaux comparatifs sur la frappe des monnaies, l'administration et l'économie.
On a tendance à faire uniquement l'éloge du Sultan Abdulhamid II en ce qui concerne la question palestinienne, car il a pris une décision digne et historique, en refusant l'immigration juive en Palestine et le monde arabo-islamique n'a cessé de lui rendre hommage; mais on a négligé la politique de la réforme audacieuse de ce Sultan réformateur, malgré les graves défaillances administratives qui ont terni son époque; les historiens se sont longuement arrêtés sur cette période très délicate des relations arabo- ottomanes, en relevant comment le Sultan a prêté confiance à quelques éminents intellectuels arabes pour défendre sa politique de réforme, en instituant les conseils administratifs, en octroyant aux municipalités, leurs propres statuts, en imposant la langue arabe dans les procédures judiciaires, en créant un système éducatif de bon niveau en Biled Eschem et en Irak, en créant les conseils d'éducation pour veiller aux programmes de l'enseignement et en favorisant la création d'écoles privées pour les filles. En effet, l'élite arabe à Istanbul a joué un rôle politique, éducationnel et journalistique de premier plan ; ce qui a permis de défendre quelques questions urgentes relatives aux provinces arabes. Nous persistons à croire que le devoir qui incombe aujourd'hui aux historiens arabes, turcs et internationaux spécialistes de l'époque ottomane, c'est la recherche de la vérité historique grâce à l'interchange et au dialogue régulier, car la mise en valeur des nos connaissances peut faire face aux préjugés et aux fausses idées propagées de part et d'autre …
Je remercie mes collègues qui ont accepté cette invitation et nous honorent par leur participation, pour débattre du nouveau statut de "l'Arab Commitee for Ottoman Studies". Espérant que cela nous permettra d'adopter une nouvelle stratégie d'action quant à l'évolution des études ottomanes sur les provinces arabes à l'époque ottomane.
Merci de votre attention.

 
Allocution du Prof. Abdurrahim Abou Hussein
 


The occasion, time limits and my competence would not allow for a comprehensive or an in depth review of the state of Ottoman Studies in the Arab world. Also, I am not very familiar with much that is published in the Arab Maghreb. However, in compliance with the request of my dear friend, and the doyen of Arab Ottomanists Professor Abedeljelil Temimi, I will try to briefly review the successes as well as the limitations of our shared enterprise.
Perhaps one of the most obvious successes of Ottoman studies in the Arab world is the presence today, in this conference, of this group of practitioners. This would suggest that the field is growing and that the efforts of your predecessors have been productive. As you know, perhaps some 40-50 years ago, it was easy to dismiss the whole record of the Ottoman period in the Arab world as being simply ‘the ‘Asr al-inhitat or the Age of decadence with little or nothing in it worthy of further examination, especially in certain areas such as intellectual history and science. We know otherwise today. Today, there is a growing number of studies in the published works and research projects as in Theses and dissertations that deals with one aspect or another of the Ottoman period in the Arab World without this ideological predisposition. This point departure was necessary for Arab historians to start the attempt of coming to grips with or better understand the long Arab Ottoman past and to put Arab-Turkish present and future relations on more solid basis. Such relations are better built when they are based on proper historical understanding rather than history written on the basis of ideology or stereotypes. Another ideological position was that which idealized the Ottoman state as an Islamic state and interpreted Ottoman history accordingly, thus reducing this history to an uninterrupted chain of conspiracies against the Ottoman state leading to its demise. Some Arab historians, I am not sure how numerous or few they are, continue to use these two ideological positions as their starting points in studying their Ottoman past but fortunately most have long abandoned them. There is currently a growing trend, among Ottomanists in general and Arab Ottomanists in particular, to romanticize the Ottoman state and look backwards to a presumed golden age in a bygone Ottoman commonwealth, and the Ottoman plural multicultural and multi religious tolerant society. This is especially poignant given our current predicament.
But even when Arab historical writing on the Arab Ottoman past is free from these ideological biases, it continues to suffer from major shortcomings. All or most of these shortcomings may be attributed to the fact that most Arab historians work in isolation By isolation I mean the following:
Until recently, Arabs worked on their Ottoman past without reference to Ottoman archival materials or to studies written on the Arab provinces in Turkish. Thus, they did lack a very important source and were methodologically flawed. But even after some Arab historians started to use archival material, they did so with such a fascination with the documents that made the document almost a sacred text and the archives the fountain of all knowledge which is unquestionable without much understanding of the nature of such documents or the state machinery that produced them and without reading them in conjunction with Arab and other sources. Needless to say that such an approach to documentary sources is almost as deficient as ignoring such a source.
Still in the question of isolation, Arab historians, by and large, continue to work with very little or no reference to the growing literature on the Ottoman state outside the Arab world. They generally work with their own sources. While This tendency among Arab Ottomanists has its advantages in that it did introduce very important authentic indigenous sources since each generation found it self compelled to find new sources or to reinterpret the old sources in a new light, it nevertheless, precludes any effort toward a comparative approach within and without the Ottoman context. We know very little, at least as evidence of our publications suggest, for example, about the experience of other people under Ottoman rule. Also, our studies tend to pay no attention to comparative analysis within the Ottoman realm as between Balkan, Antalolian, and Arab provinces or between imperial systems or with early modern societies. Further still, and despite the fact that we have some excellent monographic studies on Arab provinces, cities, nahiyes or kazas and even villages, we have not moved beyond this stage to be part of the growing theoretical discussion on Ottoman history in general and Arab history under the Ottomans in particular. After all, we regard ourselves (at least some of us), and rightly so I think, as partners in the making of this history.
Breaking away from our chosen or enforced isolation was the driving motive behind the bold initiative which our host, Professor Temimi, took some thirty years ago. His center and its publications, notably the Arab Historical Review for Ottoman Studies, and the regular conferences it organized on the Arab provinces aimed and still aims at providing a forum of exchange between Arab historians on the one hand and Turkish, European and American historians on the other. These activities have, to a certain extent, managed to make known and available, Arab historical thought on the Ottoman past to non Arabs and may be to a lesser extent, vice versa. This brought us a step closer to becoming part of the international community of scholars working on Arab Ottoman history and the cumulative experience we gain as individuals and institutions will make it possible for us, in time, to be influential in the direction(s) the historical scholarship on our Ottoman past will take.

Thank you

 
 

 
Autorisation accordée pour la diffusion de nos ouvrages
 


Nous n’avons cessé de réclamer la libéralisation de nos cinq ouvrages édités par notre Fondation, que le service de la Censure administrative au sein du Ministère de la Culture refuse de donner l’autorisation de sa diffusion ; c’est dommage et regrettable pour notre pays.
Ceci dit, je me réjouis de la décision du Président de la République lors de son discours du 7 novembre 2007, d’avoir annulé, pure et simple, le dépôt légal ; c’est la raison pour laquelle nous venons d’obtenir l’autorisation de la diffusion de nos ouvrages suivants :
1- Acte du 1er congrès sur : La censure intellectuelle dans les pays arabes durant la deuxième moitié du XXe siècle (1952 – 2000), 243 p., août 2002.
2- Actes du IVe Congrès sur : Justice et législation dans la Tunisie Bourguibienne et les pays arabes, Février 2004, 560 p.
3- Temimi, Abdeljelil, Etudes sur la pensée et la politique Bourguibismes, 134 pages en arabe, Mars 2004.
4- Temimi, Abdeljelil, Regards sur la société du savoir, les historiens et les élites au Maghreb, 204 p., juillet 2004.
5 - Témoignage d’Ahmed Ben Salah sur son parcours national et international, 176p., (en arabe), mars 2002.
Un grand merci à tous ceux qui ont milité pour cette honorable décision historique.

 
Vient de paraître Actes du 21ème congrès du Forum de la pensée contemporaine sur : Coût du non Maghreb
 
 
 
Etudes réunies et préfacées par
Prof. Emérite Abdeljelil TEMIMI
 

414p/  ISBN 978-9973-32-078-0

 
Publications de la Fondation Temimi pour la Recherche Scientifique et l'Information & Fondation Konrad Adenauer
Tunis, Septembre 2007
* * *
LE PROJET DE L’UMA ENTRE ENJEU STRATEGIQUE ET ILLUSION DE LA CONSTRUCTION FUTURE
 
Abdeljelil TEMIMI
 
Plus de soixante années se sont écoulées depuis la création des bureaux du Maghreb Arabe à Damas et au Caire (1946-2007) ; en effet, ces deux événements ont marqué notre histoire commune dans la lutte pour l’approfondissement des fondements, des convictions et du devenir commun du Maghreb. Ces deux bureaux ont joué un rôle de premier ordre dans les mouvements nationaux en contribuant à définir les orientations futures de notre espace géopolitique, économique et scientifique à travers des centaines de rencontres et de conférences et des milliers de manifestes et d’articles analytiques, ainsi que la formation de cadres maghrébins dans les universités du Machreq. Cette orientation maghrébine a influencé la plupart des leaders maghrébins, en leur ouvrant de nouvelles perspectives de lutte laquelle a été couronnée par l’obtention de l’indépendance politique ce qui aurait dû être le début de la construction maghrébine.
Sans nous arrêter sur les facteurs essentiels qui ont bloqué cette construction maghrébine, depuis le congrès de Tanger en 1958 jusqu’à la naissance de l’UMA à Marrakech en 1989 ni sur sa marche balbutiante jusqu’aujourd’hui, on doit remarquer que son échec cuisant ne fait honneur à personne, nous sommes tous responsables, chefs politiques, élites, société civile, professeurs universitaires, journalistes quelle que soit leur tendance intellectuelle ou idéologique. Ils ont privilégié leurs propres intérêts sans tenir compte des intérêts communs de notre espace maghrébin, alors que le monde change, la mondialisation a dominé les nationalismes, les idéologies et les petits Etats qui n’ont aucun poids économique, politique ou scientifique par rapport aux groupements et aux multinationales qui dominent le monde d’aujourd’hui. Par conséquent, le nationalisme réducteur est éclipsé partout dans le monde. Nonobstant de nouvelles possibilités se sont présentées, ce qui permettrait à tous les espaces géopolitiques de se lancer en tant que groupements dynamiques ; l’espace maghrébin aussi, ses peuples ont la possibilité de réaliser la prospérité matérielle, le progrès social et le développement scientifique. La mondialisation ne reconnaît en effet que les grandes unités, et non plus les micro-unités. Mais il semble que le Maghreb reste sourd à ce qui se passe dans le monde ; les anciennes méthodes restent en vigueur, les anciens dossiers qui remontent aux beaux jours de la guerre froide sont encore ouverts, la tension bat son plein.
Dans ce cadre, il semblerait que la réalisation de l’union maghrébine est une mission impossible tant pour ses disciples que pour ses détracteurs. Ce qui pourrait entraver ses différentes composantes, et mettre fin à toute complémentarité ou unité entre les peuples maghrébins. Par fidélité à l’idée maghrébine, nous voulons contribuer à l’étude de ce dossier, il nous paraît que le non-Maghreb nous coûte beaucoup plus cher que le Maghreb. Tout report de ce projet ne sert ni les peuples ni les régimes maghrébins ; les générations futures nous jugeront sévèrement parce que nous n’aurons pas respecté la volonté des peuples maghrébins quant au projet de l’union maghrébine.
En effet, quelques institutions scientifiques et stratégiques, non maghrébines, ont mis en discussion cette problématique, tout en tenant compte de leurs propres intérêts ; nous aussi, nous devons traiter cette problématique en tenant compte des intérêts de nos peuples. Le coût du non-Maghreb est très élevé tant sur le plan économique, politique ou scientifique ; la réalisation de l’unité maghrébine nous aidera à surmonter beaucoup d’obstacles et nous donnera une nouvelle place dans le monde.
Pour traiter cette problématique, nous avons organisé un premier congrès sur le coût du non-Maghreb, avec la participation de nombre de chercheurs multidisciplinaires, de différentes tendances politiques et intellectuelles, et dont les interventions ont été axées sur l’évaluation de la situation actuelle. Les discussions constructives de ce congrès n’intéressent pas seulement les élites savantes, mais également les élites politiques qui doivent prendre en considération les dimensions stratégiques du dossier de l’union maghrébine à la lumière des expériences réussies des autres groupements tout proches de nous. Après un demi siècle, l’Etat national au Maghreb a essuyé un échec cuisant ; pour réaliser les rêves des pères fondateurs il faudrait reconsidérer le Maghreb comme un groupement complémentaire et solidaire. Le temps des slogans creux et des ambitions illusoires est révolu, nous devons miser sur la réalisation de l’unité maghrébine quel que soit le prix.
Dans ce cadre, nous invitons tous les intéressés maghrébins et européens à s’arrêter au texte intégral des discussions publiées en arabe et en français pour qu’ils soient persuadés que nous nous sommes attachés à l’unité maghrébine. Nous en sommes responsables politiquement et civilisationnellement, tout comme les institutions de la société civile qui doivent compter sur elles-mêmes et non pas sur les Européens, ni sur leurs institutions politiques qui n’ont pas contribué depuis un demi siècle au projet de l’unité maghrébine.
Ce premier congrès qui fait partie d’une série de quatre congrès sur le coût du non-Maghreb, s’est tenu en partenariat avec la fondation Konrad Adenauer à Tunis qui ne cesse de s’intéresser au partenariat avec les institutions scientifiques privées, pour servir le dialogue civilisationnel et politique euro-maghrébin et euro-arabe. Nous remercions son représentant permanent le Dr. Hardy Ostry pour sa compréhension et ses encouragements pour la tenue de ce premier congrès. Nos remerciements vont également aux chercheurs maghrébins et internationaux qui ont participé à ce congrès et nous ont remis leur texte pour publication, ce qui permet à leurs idées d’arriver au grand public et aux intéressés maghrébins et européens.
Puissent les lecteurs maghrébins et européens lire les parties française et arabe des travaux de ce premier congrès sur le coût du non-Maghreb, pour juger l’originalité des analyses sur cet important dossier ; par ailleurs, il est impossible aux institutions étrangères et maghrébines de réunir un tel nombre de spécialistes maghrébins pour discuter des problématiques traitées. Nous espérons pouvoir tenir à Rabat le deuxième congrès de cette série pour étudier les retombées politiques et économiques du coût du non-Maghreb.
 

Tunis, le 30 mai 2007                                                             Abdeljelil TEMIMI

 
POURQOUI LE TRANSFERT DE NOTRE FONDATION A TUNIS ?
 

Dix-huit années se sont écoulées depuis la création de notre Fondation dans la ville andalouse de Zaghouan ; durant cette période nous avons conçu et adopté une stratégie de recherche, très élargie, influente et dynamique qui couvre neuf spécialités en sciences humaines et sociales : études morisco-andalouses, histoire des provinces arabes à l’époque ottomane, recherche scientifique, corpus d’archéologie ottomane dans le monde, les problématiques de l’édification de l’Etat national et maghrébin, démocratie et liberté d’expression scientifique, archives et sciences de l’information ; de même nous nous sommes engagés depuis plus de deux décades à promouvoir le dialogue scientifique turco-arabe, anglo-maghrébin, hispano-maghrébin, golfe-maghreb et islamo-chrétien ; depuis peu.

Notre bibliothèque, constituée d’un fonds personnel du Prof. Abdeljelil Temimi évalué à vingt mille titres, outre les périodiques, a aidé beaucoup à ce beau résultat ; d’ailleurs ce succès nous le devons à la confiance de tous les chercheurs. Eu égard à ce succès enregistré à Zaghouan, beaucoup nous ont demandé de transférer le local de la Fondation à Tunis, afin que les chercheurs puissent tirer profit de la bibliothèque et de la dynamique stratégie d’action de recherche déjà réalisée ; cette idée nous a été suggérée dès le début par M. Hédi Baccouche, ancien Premier Ministre et par d’autres chercheurs et historiens. Après réflexion, nous nous sommes engagés depuis plus de quatre ans, à la réalisation de ce projet, en commençant par l’acquisition, après maintes difficultés financières, d’un espace dans un immeuble au Centre Urbain Nord de Tunis, cela nous a permis de nous procurer une salle de lecture et une salle de conférences.
Nous aurons à cœur de poursuivre nos activités de recherche scientifique en sciences humaines et sociales, à dimension interarabe et internationale et de faire la preuve, si besoin est, qu’une Fondation scientifique privée est appelée à contribuer à valoriser la recherche et à couper court aux médiocres rendements des institutions et centres de recherches étatiques arabes, qui ont bénéficié et bénéficient encore, de budgets lesquels peuvent atteindre, dans les pays pétroliers, des millions de dollars.
La foi qui nous anime pour notre projet est notre unique capital auquel nous sommes profondément attaché et que nous considérons au-dessus de tout bavardage ou chantage inutile, car notre projet de recherche est une réalisation liée à notre parcours personnel d’universitaire depuis trente-cinq ans, ce qui a donné à notre Fondation scientifique, une réputation interarabe et internationale, avec la publication de 151 ouvrages en langues : française, arabe, anglaise et espagnole, ainsi que la publication de trois périodiques académiques et l’organisation de 114 congrès interarabes et internationaux.


* * *

Nous avons annonçé donc le transfert définitif de la Fondation à partir du 15 Novembre 2004 à son nouveau local sis à :
Immeuble Al-Imtiaz – Centre Urbain Nord- (Face à l’INSAT) – 1003 Tunis
Tél : 00216 71 23 14 44 ou 00216 71 75 11 64
Fax : 00216 71 23 66 77

 
Lettres de sympatisants
 

A la suite du lancement de notre nouveau site web, des chercheurs, toutes nationalités confondues nous ont adressé des messages de félicitations ; voici quelques-uns :

1- Maria T. Narváez
Prof. à l'Université de Puerto Rico
vendredi 15 juillet 2005 02:04

"Dearest Abdeljelil:
It was wonderful to see you again at Tunis last May. I have just received your new Website address and I have already seen it. Congratulations! I am very happy you can use the ultimate technology to
communicate to the world your great effort in maintaining a scientific and scholarly foundation where we can all give information on our research and be able to know about others researches. I admire your
unfailing enthusiasm and your generosity giving also young students and researchers the opportunity to meet and change ideas with other scholars from around the world. The scientific community has a huge
debt with you for all your efforts in accomplishing your goals so successfully.
I was very happy to see that you included me in the photos. You know about my loyalty and love for your work and human qualities. Receive my deepest love.
María Teresa "

2- Mhammad Benaboud
Prof. à l'Université de Tétouan
dimanche 17 juillet 2005 22:43


"Cher professeur Temimi

Je vous félicite a l occasion de l inauguration du nouveau siège de votre Fondation a Tunis. Je vous souhaite tout le succès du monde et serais près a collaborer avec vous dans le cadre de mes possibilités.
Il y une idée que je dois en toute sincérité vous communiquer. Votre projet a connu un succès extraordinaire et admirable. Votre Fondation a atteint le sommet de son évolution. Cependant, je constate que le pilier de ce projet c est le professeur Temimi. Cependant, vous devez peut être penser
maintenant à une formule pour assurer sa continuité, non seulement pour les
Tunisiens, mais pour le monde arabe.
Dans l’analyse final, ce projet est votre création. Sa continuité, je parle à longue terme, pourra assurer la continuité de votre nom, Il sera triste de voir sa disparition, dans dix ans, dans vingt ans ou dans cinquante ans. L’idée de sa continuité est donc fondamentale. Je connais de grands savants à Tétouan, qui ont laissé de magnifiques bibliothèques dont les livres sont terminés dans les marchés d’antiques.
Bonnes vacances"

Prof. M'hammad Benaboud

3- Dr. Nedim Yalansiz
Dokuz Eylul University-Vice President – Turkey
15/07/2005


"Your new web site is quote explanatory. I am very happy for our cooperation… We would like to make much more cooperation in all feeds : conferences, symposiums researches and academic exchange. Thank you very much indeed. Sincerely ,"

4- Mr. Houissa Hamdi (Tunis)
15 /07/2005

"Ca fait vraiment plaisir de voir un projet témoignant une maturité culturelle et scientifique, j’espère que ce projet régénère d’autres. Merci "

5- Mr. Taoufik Monastiri (Tunis)
19/07/2005
"Votre nouveau site est très beau et bien pratique ; hélas il lui manque un moteur de recherche ; il aurait être aisé d’indexer par hypertexte au moins les noms d’auteurs, puisque les index notamment de la RHM, existe en imprimé."

6- Dr. Mohamed Lamine Belghith
Université d’Alger
20/07/2005
"Bravo cher Dr. Temimi le progrès c’est toujours d’être le meilleur. Merci."

7- FMSoft
23/07/2005
"Salut, Nous vous félicitons de votre nouveau site web, et vous invitons à l'insérer gratuitement dans l'annuaire de sites web de notre portail www.MyPortail.com bénéficiant ainsi de la notoriété de notre annuaire et notre classement 1ére page GOOGLE.
Salutations
FMSoft Service portail "

8- Belkacem Boutayeb

Tunis le 22 Juin 2007

َA mon maître Abdeljelil Temimi

Le 22ème congrès du Forum de la Pensée Contemporaine sur l’autocensure m’aura permis d’approfondir les sentiments d’affection et d’amitié qui sont mis spontanément lors de notre première rencontre à Oujda, au Maroc, pour la personne du Professeur Emérite Si Abdeljelil Temimi dans le cadre du colloque international sur l’intégration maghrébine, organisé par l’Union des Jeunes Euro Maghrébins.
Victor Hugo ne pensait pas si bien dire : "La volonté trouve, la liberté choisit, trouver et choisir, c’est penser !
La volonté farouche de mon désormais grand ami Si Abdeljelil, son courage intellectuel et son amour de la liberté, le conditionnent de manière structurelle dans le mérite "de l’exemplémentarité suicidaire" qui ne cherche ni à plaire ni à se complaire !
Ne dit-on pas qu’un homme peut affirmer avoir réussi sa vie, s’il a rempli 3 conditions :
Faire un enfant
Ecrire un livre
Planter un arbre
Et André Malraux déclare qu’il faut 60 ans pour faire un homme !
Quel bonheur de constater combien Si Abdeljelil a réussi sa vie et ses vies, et qu’à la veille de la célébration de ses 70 ans, l’homme s’affirme avec bonheur vers l’exception d’engagement et de volonté pour la science et le progrès !

Que Dieu et ses anges veillent sur vous et sur la Fondation Temimi !

Belkacem Boutayeb
Institut Marocain des Relations Inernationales
Casablanca – Maroc

 
 

 
 
 
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